Mécanique des milieux continus

Le cours au fil du texte, chapitre par chapitre, avec ses calculateurs. Chaque chapitre commence par « En clair » (les mots), déplie « Pourquoi c'est vrai » (les démonstrations courtes) et se termine par un exemple guidé, les erreurs fréquentes et ce qu'il faut savoir faire. Les bancs du laboratoire font voir, l'exerciseur fait faire, les questions répondent à ce que le cours suppose évident.

§ Sommaire
  1. Boîte à outils mathématiques
  2. Le milieu continu
  3. Déformations
  4. Contraintes
  5. Loi de comportement : élasticité linéaire
  6. Le problème d'élasticité et ses solutions classiques
  7. Limite élastique et critères
  8. De la MMC à la RDM
  9. Énergie, travail et puissances virtuelles
  10. Les fluides : la même mécanique
  11. Compléments d'élasticité
  12. Au-delà de l'élasticité linéaire isotrope

Avant de commencer

La MMC décrit un solide (ou un sol, ou un fluide) comme une matière continue, sans grains ni atomes, dans laquelle on peut définir en chaque point une déformation et une contrainte. Ces deux grandeurs ne sont pas des nombres mais des tenseurs symétriques 3×3 : six composantes, trois valeurs principales, trois directions principales. Tout le cours tourne autour de ces deux objets et de la loi qui les relie.

Notations Axes \(x, y, z\) (ou \(1,2,3\)). Vecteur \(\vec u = (u_x,u_y,u_z)\). Tenseur symétrique \(\boldsymbol\sigma\) de composantes \(\sigma_{ij}=\sigma_{ji}\). Unités : contraintes en Pa (MPa en pratique, kPa pour les sols), déformations sans dimension (souvent en microdéformations, 1 µε = 10⁻⁶). Le cours reste en petites perturbations : déplacements et déformations petits devant les dimensions du solide — c'est le cadre de presque tout le génie civil.

0 · Boîte à outils mathématiques

Tout ce qu'il faut de mathématiques pour lire ce cours tient en une page. Le reste s'apprend en l'utilisant.

Vecteurs

Un vecteur \(\vec a=(a_x,a_y,a_z)\) a une norme \(|\vec a|=\sqrt{a_x^2+a_y^2+a_z^2}\). Le produit scalaire \(\vec a\cdot\vec b = a_xb_x+a_yb_y+a_zb_z = |\vec a||\vec b|\cos\alpha\) mesure la projection de l'un sur l'autre : nul si perpendiculaires. Un vecteur unitaire a une norme 1 ; la normale \(\vec n\) d'une facette en est un, et \(\vec a\cdot\vec n\) est la composante de \(\vec a\) selon \(\vec n\). Dans le plan, la normale inclinée de \(\theta\) sur \(x\) s'écrit \(\vec n=(\cos\theta,\sin\theta)\).

Matrices et tenseurs

Un tenseur d'ordre 2 est, dans un repère donné, une matrice 3×3 ; il agit sur un vecteur par le produit matrice-vecteur : \((\boldsymbol\sigma\cdot\vec n)_i=\sum_j\sigma_{ij}n_j\). Ce qui en fait un tenseur et non une simple matrice, c'est la façon dont ses composantes changent quand on tourne le repère : si \(\mathbf R\) est la matrice de rotation, \(\boldsymbol\sigma' = \mathbf R\,\boldsymbol\sigma\,\mathbf R^{\mathsf T}\). Le cercle de Mohr (ch. 3) est cette formule dessinée. Trois notions à connaître :

Notation indicielle

Les indices \(i,j\) valent \(1,2,3\) (ou \(x,y,z\)). Un indice répété dans un produit signifie une somme (convention d'Einstein) : \(\sigma_{ii}=\sigma_{11}+\sigma_{22}+\sigma_{33}\), \(T_i=\sigma_{ij}n_j = \sum_j\sigma_{ij}n_j\). Le symbole de Kronecker \(\delta_{ij}\) vaut 1 si \(i=j\), 0 sinon : c'est la matrice identité \(\mathbf I\). La dérivée partielle s'abrège d'une virgule : \(u_{i,j}=\partial u_i/\partial x_j\). Avec cela, les équations du cours tiennent en une ligne chacune : \(\varepsilon_{ij}=\tfrac12(u_{i,j}+u_{j,i})\), \(\sigma_{ij,j}+f_i=0\), \(\sigma_{ij}=\lambda\varepsilon_{kk}\delta_{ij}+2\mu\varepsilon_{ij}\).

Dérivées partielles, gradient, divergence

Un champ \(f(x,y,z)\) a trois dérivées partielles ; le gradient \(\nabla f=(\partial f/\partial x,\partial f/\partial y,\partial f/\partial z)\) pointe vers la plus forte croissance. Le gradient d'un vecteur \(\vec u\) est la matrice des \(\partial u_i/\partial x_j\) (ch. 2). La divergence d'un vecteur est \(\mathrm{div}\,\vec u=\partial u_x/\partial x+\partial u_y/\partial y+\partial u_z/\partial z\) — la variation relative de volume ; celle d'un tenseur est le vecteur \((\mathrm{div}\,\boldsymbol\sigma)_i=\sum_j\partial\sigma_{ij}/\partial x_j\) (ch. 3). Le laplacien \(\Delta f=\partial^2f/\partial x^2+\partial^2f/\partial y^2+\partial^2f/\partial z^2\) apparaît dans Navier (ch. 5).

Changement de repère d'un tenseur plan : σ' = R σ Rᵀ

À retenir Produit scalaire = projection. Tenseur = matrice qui tourne avec le repère (\(\mathbf R\boldsymbol\sigma\mathbf R^{\mathsf T}\)) ; symétrique ⇒ valeurs propres réelles et directions perpendiculaires. Indice répété = somme. Gradient, divergence, laplacien.

1 · Le milieu continu

Une matière sans grains

Un béton est fait de granulats, d'une pâte et de vides ; un sol, de grains et d'eau ; un acier, de cristaux. La MMC fait abstraction de cette structure : elle regarde la matière à une échelle où un petit volume contient assez de grains pour que ses propriétés moyennes soient stables. Ce volume est le volume élémentaire représentatif (VER). Au-dessus de lui, la matière se comporte comme un continu ; en dessous, la notion de contrainte perd son sens.

MatériauHétérogénéitéVER (ordre de grandeur)
Aciergrain cristallin 10–100 µm1 mm
Bétongranulat 20 mm10–15 cm (3 à 5 fois le plus gros granulat)
Sable, gravegrain 1–50 mmquelques décimètres
Enrobé bitumineuxgranulat 10–14 mm5–10 cm
Massif rocheuxfracturation métriqueplusieurs mètres — parfois jamais atteint

D'où une règle de lecture : une éprouvette de béton de 16 cm, une plaque de 60 cm sur une grave, un sondage dans un massif fracturé mesurent des propriétés continues seulement si leur dimension dépasse le VER.

trop petitVERla matière réelle : des grainspoint matérielσ, ε, u définis icile modèle : un continuéchelle≥ VER
Le volume élémentaire représentatif. Un volume plus petit que les grains (rouge) voit sa densité ou sa raideur changer d'un endroit à l'autre ; au-delà du VER (vert), les moyennes se stabilisent et la matière peut être remplacée par un continu, dans lequel chaque point porte une contrainte et une déformation.

Particule, configuration, champs

Le solide occupe une configuration initiale \(\Omega_0\) (non chargée) et une configuration actuelle \(\Omega\) (chargée). La « particule » est le point matériel qui passe de la position \(\vec X\) à la position \(\vec x\). Le déplacement est la différence :

\[\vec u(\vec X) = \vec x - \vec X\]
Ω₀ (initiale)Ω (actuelle)Xxu = x − XxyO
Le solide dans sa configuration initiale (pointillés) et actuelle. La particule qui était en X est maintenant en x ; son déplacement u joint les deux. La description lagrangienne suit cette particule ; le champ u(X) est l'inconnue de tout problème d'élasticité.

Décrire le mouvement en suivant chaque particule depuis \(\vec X\) est la description lagrangienne ; décrire ce qui se passe en un point fixe \(\vec x\) de l'espace est la description eulérienne. Pour les solides du génie civil, on suit la matière : tout ce cours est lagrangien. L'hydraulique, elle, est eulérienne — on regarde le débit qui traverse une section fixe.

Déplacement, déformation, contrainte, température sont des champs : une valeur par point. Un champ scalaire (température), vectoriel (déplacement) ou tensoriel (déformation, contrainte).

À retenir La MMC vaut à l'échelle du VER et au-dessus. On suit la matière (Lagrange) et l'on décrit en chaque point un déplacement (vecteur), une déformation et une contrainte (tenseurs).

2 · Déformations

En clair
Déplacement
de combien un point a bougé. Un vecteur, en mm.
Déformation
de combien la matière s'est étirée ou tordue autour d'un point. Sans dimension. Un solide peut se déplacer beaucoup sans se déformer (il tombe, il tourne) et se déformer sans que son centre bouge.
Pourquoi un tenseur
parce qu'en un point la matière peut s'étirer dans une direction et se raccourcir dans une autre : un seul nombre ne suffit pas, il en faut six.

Du déplacement à la déformation

Un déplacement uniforme (translation) ou une rotation d'ensemble ne déforment pas le solide. Ce qui le déforme, c'est que les déplacements varient d'un point à l'autre : la déformation est contenue dans le gradient du déplacement, la matrice des \(\partial u_i/\partial x_j\). Ce gradient se partage en une partie symétrique, la déformation, et une partie antisymétrique, la rotation :

\[\varepsilon_{ij} = \frac12\left(\frac{\partial u_i}{\partial x_j}+\frac{\partial u_j}{\partial x_i}\right) \qquad \omega_{ij} = \frac12\left(\frac{\partial u_i}{\partial x_j}-\frac{\partial u_j}{\partial x_i}\right)\]petites perturbations
Lire la formule \(\partial u_x/\partial x\) se lit « de combien le déplacement selon \(x\) augmente quand on avance de 1 selon \(x\) » : si le point à droite a bougé plus que le point à gauche, le segment qui les joint s'est allongé. \(\partial u_x/\partial y\) se lit « de combien le déplacement selon \(x\) change quand on monte de 1 » : si le haut d'un carré glisse plus que le bas, le carré se penche. La demi-somme des deux termes croisés garde le penchement (la distorsion), la demi-différence garde la rotation, qui ne déforme rien.
Pourquoi c'est vrai — en une figure
ABdxA'B'uu + (∂uₓ/∂x)dxallongement : εₓₓ = ∂uₓ/∂xCAB∂uₓ/∂y∂u_y/∂xdistorsion : γₓᵧ = ∂uₓ/∂y + ∂uᵧ/∂x
À gauche, le segment AB porté par x s'allonge parce que B s'est déplacé plus que A : l'allongement relatif est la dérivée du déplacement. À droite, les deux segments AB et AC tournent l'un vers l'autre : l'angle droit se ferme de la somme des deux rotations, c'est γ. Si les rotations sont égales et opposées, l'angle est conservé : rotation d'ensemble.

Prenons deux points \(A\) et \(B\) distants de \(dx\) sur l'axe \(x\). \(A\) se déplace de \(u_x\), \(B\) de \(u_x + (\partial u_x/\partial x)\,dx\). La nouvelle longueur est \(dx + (\partial u_x/\partial x)\,dx\) : l'allongement relatif est \(\varepsilon_{xx}=\partial u_x/\partial x\).

Prenons maintenant un segment \(AC\) porté par \(y\). Son extrémité \(C\) glisse selon \(x\) de \((\partial u_x/\partial y)\,dy\) : le segment tourne vers \(x\) d'un angle \(\partial u_x/\partial y\). De même, \(AB\) tourne vers \(y\) de \(\partial u_y/\partial x\). L'angle droit entre \(AB\) et \(AC\) a diminué de la somme : \(\gamma_{xy}=\partial u_x/\partial y+\partial u_y/\partial x\). Si les deux rotations sont opposées (\(\partial u_x/\partial y=-\partial u_y/\partial x\)), l'angle droit est conservé : le carré a seulement tourné, c'est \(\omega\). Le banc 1 du laboratoire montre les deux cas (« cisaillement pur » et « rotation pure »).

En deux dimensions, le tenseur des déformations s'écrit avec trois composantes dont le sens physique est immédiat :

\[\varepsilon_{xx}=\frac{\partial u_x}{\partial x},\qquad \varepsilon_{yy}=\frac{\partial u_y}{\partial y},\qquad \varepsilon_{xy}=\frac12\left(\frac{\partial u_x}{\partial y}+\frac{\partial u_y}{\partial x}\right)=\frac{\gamma_{xy}}{2}\]
εxx = 0,3εyy = 0,2γxy = 0,25 rad allongementallongementdistorsion γ
Les trois composantes planes de la déformation. Le carré en pointillés est la forme initiale. Déformations très exagérées : en pratique elles valent 10⁻⁴ à 10⁻³.

Du gradient du déplacement au tenseur des déformations (2D)

Exemple guidé · une dalle instrumentée

Une rosette collée sous une dalle de pont donne \(\varepsilon_{0°}=600\), \(\varepsilon_{45°}=350\), \(\varepsilon_{90°}=-100\) µε. Où fissurera le béton ?

  1. Composantes : \(\varepsilon_{xx}=600\), \(\varepsilon_{yy}=-100\) µε. Distorsion : \(\gamma_{xy}=2\times350-600-(-100)=\) 200 µrad, donc \(\varepsilon_{xy}=100\) µε (la moitié, toujours).
  2. Centre du cercle : \((600-100)/2=\) 250. Rayon : \(\sqrt{350^2+100^2}=\) 364 µε.
  3. Déformations principales : \(\varepsilon_1=250+364=\) 614 µε (traction), \(\varepsilon_2=250-364=\) −114 µε (compression).
  4. Direction : \(\tan2\theta=200/700=0{,}286\), \(2\theta=15{,}9°\), \(\theta_1=\) 8° depuis la jauge à 0°.
  5. Lecture : la plus grande traction est presque dans l'axe de la jauge 0°. Le béton fissure perpendiculairement à \(\varepsilon_1\) : la fissure fera un angle de 8° + 90° = 98° avec la jauge 0°, soit presque perpendiculaire à elle. À 614 µε, elle est déjà ouverte (le béton fissure vers 100 à 150 µε).

Vérifier avec le calculateur « rosette » ci-dessus : mêmes nombres.

Déformations principales

En tout point, il existe trois directions perpendiculaires le long desquelles le solide s'allonge ou se raccourcit sans distorsion : les directions principales. Les allongements correspondants sont les déformations principales \(\varepsilon_1 \ge \varepsilon_2 \ge \varepsilon_3\), valeurs propres du tenseur. En 2D :

\[\varepsilon_{1,2} = \frac{\varepsilon_{xx}+\varepsilon_{yy}}{2} \pm \sqrt{\left(\frac{\varepsilon_{xx}-\varepsilon_{yy}}{2}\right)^2+\varepsilon_{xy}^2},\qquad \tan 2\theta_1 = \frac{2\varepsilon_{xy}}{\varepsilon_{xx}-\varepsilon_{yy}}\]
ε₁ε₂θ₁xγà 45° des axes principaux :γ_max = ε₁ − ε₂, longueurspresque inchangées
Un petit cercle de matière devient une ellipse : ses axes sont les directions principales, les seules qui restent perpendiculaires après déformation. Le long de ε₁ la matière s'allonge le plus, le long de ε₂ le moins (ou se raccourcit). Un carré orienté à 45° de ces axes, lui, se déforme en losange : c'est là que la distorsion est maximale.

La distorsion maximale vaut \(\gamma_{max} = \varepsilon_1-\varepsilon_3\), sur les facettes à 45° des directions principales. Cette structure — valeurs propres, directions à 45°, cercle de Mohr — est exactement celle des contraintes : on la détaillera au chapitre 3 et elle vaut pour les deux tenseurs.

Mesurer une déformation : la rosette

Une jauge mesure l'allongement relatif dans sa direction : \(\varepsilon(\alpha)=\varepsilon_{xx}\cos^2\alpha+\varepsilon_{yy}\sin^2\alpha+\gamma_{xy}\sin\alpha\cos\alpha\). Trois jauges à 0°, 45°, 90° (rosette rectangulaire) donnent les trois composantes :

\[\varepsilon_{xx}=\varepsilon_0,\qquad \varepsilon_{yy}=\varepsilon_{90},\qquad \gamma_{xy}=2\varepsilon_{45}-\varepsilon_0-\varepsilon_{90}\]
ε₀ (axe x)ε₉₀ε₄₅chaque jauge mesure l'allongementdans sa direction : ε(α)trois directions → εₓₓ, εᵧᵧ, γₓᵧpuis ε₁, ε₂, θ₁ par Mohrsurface instrumentée (dalle, âme de poutre, paroi)
Rosette rectangulaire : trois jauges à 0°, 45° et 90°. Deux suffiraient pour les allongements, la troisième est nécessaire pour la distorsion, qu'aucune jauge ne mesure directement.

Rosette 0° / 45° / 90° → tenseur et déformations principales

Déformation thermique

Une variation de température \(\Delta T\) dilate la matière dans toutes les directions sans la distordre : c'est une déformation sphérique, \(\boldsymbol\varepsilon_{th}=\alpha\,\Delta T\,\mathbf I\), avec \(\alpha\) le coefficient de dilatation. Elle ne crée aucune contrainte tant que rien ne l'empêche ; c'est le blocage qui crée la contrainte (ch. 4).

Matériauα (10⁻⁶ /°C)Allongement d'une barre de 10 m pour ΔT = 30 °C
Acier123,6 mm
Béton10 (8 à 12 selon granulats)3,0 mm
Aluminium236,9 mm
Enrobé bitumineux20 à 306 à 9 mm
Bois (sens du fil)3 à 51 mm

Acier et béton ont presque le même \(\alpha\) : c'est ce qui rend le béton armé possible. Un pont de 100 m varie de 3 à 4 cm entre hiver et été, d'où les joints de dilatation ; une dalle de béton bloquée fissure tous les 4 à 6 m, d'où les joints de retrait.

libre : ε = αΔT, σ = 0ΔLbloquée : ε = 0, σ = −EαΔTla barre pousse sur les murs
Même ΔT, deux situations. À gauche, la barre s'allonge librement : déformation sans contrainte. À droite, les murs l'en empêchent : la déformation totale est nulle, et la part élastique −αΔT se paie en contrainte de compression −EαΔT. Un refroidissement renverse les signes : traction, et fissure si le matériau est fragile.

Compatibilité

Trois déplacements donnent six déformations : on ne peut pas choisir les six librement, il faut qu'elles dérivent d'un champ \(\vec u\) continu. En 2D, cela s'écrit en une équation :

\[\frac{\partial^2\varepsilon_{xx}}{\partial y^2}+\frac{\partial^2\varepsilon_{yy}}{\partial x^2} = 2\,\frac{\partial^2\varepsilon_{xy}}{\partial x\,\partial y}\]

Un champ de déformation uniforme ou linéaire la vérifie toujours. Elle importe quand on part des déformations (mesures, photogrammétrie) pour remonter aux déplacements.

À retenir \(\boldsymbol\varepsilon\) est la partie symétrique du gradient de \(\vec u\). Diagonale : allongements ; hors diagonale : moitié des distorsions ; trace : variation de volume. Trois directions principales sans distorsion, distorsion maximale à 45°.
Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Passer d'un champ de déplacement \(u_x(x,y), u_y(x,y)\) au tenseur \(\boldsymbol\varepsilon\) et à la rotation \(\omega\).
  • Dire ce que signifie chaque composante en une phrase (allongement, distorsion, volume).
  • Calculer \(\varepsilon_1,\varepsilon_2,\theta_1\) et \(\gamma_{max}\) par le cercle de Mohr.
  • Dépouiller une rosette.
  • Calculer un allongement thermique et savoir qu'il est libre de contrainte.
Erreurs fréquentesConfondre \(\varepsilon_{xy}\) et \(\gamma_{xy}\) (facteur 2) ; oublier que la rotation \(\omega\) ne déforme pas ; écrire une déformation en % ou en mm au lieu d'un nombre sans dimension (1 % = 10 000 µε, énorme pour un béton) ; prendre la moyenne arithmétique de \(\varepsilon_{xx}\) et \(\varepsilon_{yy}\) pour \(\varepsilon_1\).

3 · Contraintes

En clair
Contrainte
une force répartie sur une surface, divisée par cette surface. Comme une pression, mais qui peut aussi tirer et glisser. Unité : le pascal ; en pratique le MPa (= 1 N/mm²) pour l'acier et le béton, le kPa pour les sols.
Contrainte ≠ force
une force de 100 kN sur un câble de 1 cm² est une contrainte de 1 000 MPa (il casse) ; la même force sur une semelle de 1 m² est 100 kPa (le sol ne bronche pas). C'est la contrainte, pas la force, qui dit si le matériau tient.
Pourquoi « sur une facette »
parce qu'à l'intérieur d'un solide, la force que la matière exerce sur elle-même dépend de la coupe imaginaire que l'on fait. Couper un poteau comprimé horizontalement donne une compression pure ; le couper en biais donne de la compression et du glissement. La contrainte n'a de sens qu'avec sa facette.

Le vecteur contrainte

Coupons le solide par une facette d'aire \(dS\) et de normale unitaire \(\vec n\). La matière située du côté de \(\vec n\) exerce sur l'autre côté une force \(d\vec F\). Le vecteur contrainte est la force par unité d'aire :

\[\vec T(\vec n) = \frac{d\vec F}{dS} = \sigma_n\,\vec n + \vec\tau\]

Sa composante normale \(\sigma_n\) est la contrainte normale (traction si positive, compression si négative — convention de la mécanique ; la géotechnique prend l'inverse). Sa composante dans le plan de la facette est la contrainte tangentielle ou de cisaillement \(\tau\).

Le tenseur des contraintes

Le vecteur contrainte dépend de la facette. Cauchy a montré qu'il dépend d'elle linéairement : connaître \(\vec T\) sur les trois facettes perpendiculaires aux axes suffit à le connaître sur toute facette. Les neuf composantes rangées en matrice forment le tenseur des contraintes :

\[\vec T(\vec n) = \boldsymbol\sigma\cdot\vec n,\qquad \boldsymbol\sigma = \begin{pmatrix}\sigma_{xx}&\sigma_{xy}&\sigma_{xz}\\ \sigma_{xy}&\sigma_{yy}&\sigma_{yz}\\ \sigma_{xz}&\sigma_{yz}&\sigma_{zz}\end{pmatrix}\]\(\sigma_{ij}\) : composante selon \(i\) de la contrainte sur la facette de normale \(j\)
Lire la formule \(\vec T=\boldsymbol\sigma\cdot\vec n\) : « donne-moi la normale de ta facette, je te rends la force par unité d'aire qui s'y applique ». Le produit matrice-vecteur mélange les colonnes de \(\boldsymbol\sigma\) avec les poids \(n_x,n_y,n_z\). Sur la facette de normale \(x\) (\(\vec n=(1,0,0)\)), on obtient la première colonne : \((\sigma_{xx},\sigma_{xy},\sigma_{xz})\) — une composante normale et deux tangentielles. Sur une facette oblique, on obtient une combinaison des trois colonnes : c'est tout.
ds·nₓds·nᵧdsnσₓₓ·ds·nₓσₓᵧ·ds·nₓσᵧᵧ·ds·nᵧσₓᵧ·ds·nᵧT·dsΣ forces = 0 :Tₓ = σₓₓ nₓ + σₓᵧ nᵧTᵧ = σₓᵧ nₓ + σᵧᵧ nᵧc'est-à-dire T = σ · n(le poids, en ds², disparaît)
Le triangle de Cauchy. Sur les deux côtés portés par les axes agissent les composantes du tenseur (faces « arrière », d'où les flèches qui poussent vers l'intérieur) ; sur l'hypoténuse, le vecteur contrainte T cherché. L'équilibre des forces, divisé par ds, donne T = σ·n : la contrainte sur une facette quelconque n'est qu'une combinaison des contraintes sur les facettes des axes.
Pourquoi T dépend linéairement de n — le petit triangle de Cauchy

Découpons dans le solide un petit triangle rectangle (en 2D) dont les deux côtés sont sur les axes et l'hypoténuse a pour normale \(\vec n=(n_x,n_y)\) et pour longueur \(ds\). Les côtés mesurent \(ds\,n_x\) (celui qui regarde \(x\)) et \(ds\,n_y\). Le triangle est en équilibre sous trois forces : \(\vec T\,ds\) sur l'hypoténuse, \(-(\sigma_{xx},\sigma_{xy})\,ds\,n_x\) sur le côté \(x\), \(-(\sigma_{xy},\sigma_{yy})\,ds\,n_y\) sur le côté \(y\) (signes moins : ce sont les faces « arrière »). Le poids du triangle est en \(ds^2\), négligeable. Somme nulle et division par \(ds\) : \(T_x=\sigma_{xx}n_x+\sigma_{xy}n_y\), \(T_y=\sigma_{xy}n_x+\sigma_{yy}n_y\). C'est \(\vec T=\boldsymbol\sigma\cdot\vec n\).

Et pourquoi \(\sigma_{xy}=\sigma_{yx}\) ? Prenons un petit carré de côté \(a\). Les cisaillements \(\sigma_{xy}\) sur les faces verticales forment un couple \(\sigma_{xy}\,a^2\cdot a\) ; les \(\sigma_{yx}\) sur les faces horizontales forment le couple opposé. Pour que le carré ne tourne pas sur lui-même, il faut \(\sigma_{xy}=\sigma_{yx}\). Un cisaillement ne vient jamais seul : il a toujours son jumeau sur la face perpendiculaire.

L'équilibre des moments d'un petit cube impose \(\sigma_{ij}=\sigma_{ji}\) : le tenseur est symétrique, six composantes indépendantes. Sur la facette de normale \(\vec n\) :

\[\sigma_n = \vec n\cdot\boldsymbol\sigma\cdot\vec n,\qquad \tau = \sqrt{|\vec T|^2-\sigma_n^2}\]
σxx σzz σyy σzx σxz n T(n) T = σ·n ; σn = n·σ·n, τ dans le plan de la facette
À gauche, les composantes du tenseur sur les faces du cube : premier indice, direction de la composante ; second, normale de la face. À droite, le vecteur contrainte sur une facette inclinée, somme d'une part normale et d'une part tangentielle.

Vecteur contrainte sur une facette quelconque

Équations d'équilibre

Écrivons l'équilibre des forces sur un petit cube soumis à la contrainte sur ses faces et à une force volumique \(\vec f\) (le poids, \(\rho\vec g\)). Les contraintes varient d'une face à la face opposée ; leur bilan donne, en chaque point :

\[\frac{\partial\sigma_{xx}}{\partial x}+\frac{\partial\sigma_{xy}}{\partial y}+\frac{\partial\sigma_{xz}}{\partial z}+f_x = 0,\quad \frac{\partial\sigma_{xy}}{\partial x}+\frac{\partial\sigma_{yy}}{\partial y}+\frac{\partial\sigma_{yz}}{\partial z}+f_y = 0,\quad \ldots\]\(\mathrm{div}\,\boldsymbol\sigma+\vec f=\vec 0\) — en dynamique, \(\rho\,\ddot{\vec u}\) au second membre
Pourquoi c'est vrai — le bilan des forces sur un cube
σₓₓ(x)σₓₓ(x+dx)σₓᵧ(y+dy)σₓᵧ(y)f dx dydxdyselon x, par unité de volume :[σₓₓ(x+dx) − σₓₓ(x)]/dx+ [σₓᵧ(y+dy) − σₓᵧ(y)]/dy+ fₓ = 0→ ∂σₓₓ/∂x + ∂σₓᵧ/∂y + fₓ = 0
Un petit rectangle de matière (en 2D). Les contraintes ne sont pas les mêmes sur deux faces opposées : leur différence, rapportée à la distance entre les faces, est une dérivée. La somme des forces selon x — contraintes normales sur les faces gauche/droite, cisaillements sur les faces bas/haut, poids — est nulle : c'est la première équation d'équilibre.

Un cube de côtés \(dx, dy, dz\). Sur la face gauche (normale \(-x\)) s'exerce \(-\sigma_{xx}(x)\,dy\,dz\) ; sur la face droite, \(+\sigma_{xx}(x+dx)\,dy\,dz\). La différence vaut \((\partial\sigma_{xx}/\partial x)\,dx\,dy\,dz\). Même raisonnement pour le cisaillement \(\sigma_{xy}\) entre les faces bas et haut, et \(\sigma_{xz}\) entre avant et arrière : chacun apporte une force selon \(x\). Ajoutons le poids \(f_x\,dx\,dy\,dz\). Le cube ne bouge pas : la somme est nulle, et en divisant par le volume on obtient la première équation. Ce n'est rien d'autre que « somme des forces = 0 », écrit pour un cube infiniment petit.

Sur la surface du solide, le vecteur contrainte doit égaler la force surfacique appliquée : \(\boldsymbol\sigma\cdot\vec n = \vec F_s\) (nul sur une surface libre). Ce sont les conditions aux limites en contraintes.

Déjà vu en géotechnique Un sol horizontal pesant : \(\sigma_{zz}\) ne dépend que de \(z\), la première équation d'équilibre (axe \(z\) vers le bas, \(f_z=\gamma\)) donne \(\partial\sigma_{zz}/\partial z = \gamma\), donc \(\sigma_{v}=\gamma z\). La contrainte verticale « poids des terres » n'est rien d'autre que l'équilibre de la MMC.
surfaceσ_v(z)σ_v(z+dz)σ_h = K₀σ_vzσ_v = γzcontraintez
Dans un sol horizontal, l'élément à la profondeur z porte le poids de ce qui est au-dessus : σ_v croît linéairement, de γ par mètre. Le profil triangulaire de droite est la première chose que trace un géotechnicien ; c'est l'intégrale de l'équation d'équilibre.
Exemple guidé · un élément de sol sous un remblai

À 3 m sous un remblai de \(\gamma=18\) kN/m³, hors nappe, avec \(K_0=0{,}5\). Quelle est la contrainte sur une facette inclinée de 60° sur l'horizontale ? (compressions comptées positives, convention géotechnique)

  1. Équilibre vertical : \(\sigma_v=\gamma z=18\times3=\) 54 kPa. Horizontale : \(\sigma_h=K_0\sigma_v=\) 27 kPa. Pas de cisaillement sur ces facettes (sol horizontal, symétrie) : \(\sigma_v\) et \(\sigma_h\) sont déjà les contraintes principales, \(\sigma_1=54\), \(\sigma_3=27\).
  2. Cercle de Mohr : centre \(C=(54+27)/2=\) 40,5, rayon \(R=(54-27)/2=\) 13,5 kPa.
  3. Une facette inclinée de 60° sur l'horizontale a sa normale à 60° de la verticale, donc de la direction de \(\sigma_1\) : sur le cercle, tourner de \(2\times60=120°\) depuis le point \(\sigma_1\).
  4. \(\sigma_n=C+R\cos120°=40{,}5-6{,}75=\) 33,8 kPa ; \(\tau=R\sin120°=\) 11,7 kPa.
  5. Lecture : la facette la plus cisaillée est à 45° (\(\tau_{max}=13{,}5\) kPa, avec \(\sigma_n=40{,}5\)). Pour savoir si le sol y glisse, il faut comparer à \(c+\sigma_n\tan\varphi\) : c'est le chapitre 6, et on verra que la facette critique n'est pas celle-là.

Avec le calculateur de Mohr : saisir 54, 27, 0 et θ = 60 (les signes changent avec la convention, les valeurs non).

Contraintes principales et invariants

Comme pour les déformations, il existe trois facettes perpendiculaires sur lesquelles le vecteur contrainte est purement normal (\(\tau=0\)). Ce sont les facettes principales ; les contraintes qu'elles portent sont les contraintes principales \(\sigma_1\ge\sigma_2\ge\sigma_3\), solutions de \(\det(\boldsymbol\sigma-\lambda\mathbf I)=0\) :

\[\lambda^3 - I_1\lambda^2 + I_2\lambda - I_3 = 0\qquad I_1=\mathrm{tr}\,\boldsymbol\sigma,\quad I_2 = \sigma_{xx}\sigma_{yy}+\sigma_{yy}\sigma_{zz}+\sigma_{zz}\sigma_{xx}-\sigma_{xy}^2-\sigma_{yz}^2-\sigma_{xz}^2,\quad I_3=\det\boldsymbol\sigma\]

Les invariants \(I_1, I_2, I_3\) ne changent pas quand on tourne les axes : ils caractérisent l'état de contrainte indépendamment du repère. Deux autres grandeurs invariantes servent partout, surtout dans les sols :

\[p = \frac{I_1}{3} = \frac{\sigma_1+\sigma_2+\sigma_3}{3}\quad\text{(contrainte moyenne)}\qquad \mathbf s = \boldsymbol\sigma - p\,\mathbf I\quad\text{(déviateur)}\qquad q = \sqrt{3J_2} = \sqrt{\tfrac12\left[(\sigma_1-\sigma_2)^2+(\sigma_2-\sigma_3)^2+(\sigma_3-\sigma_1)^2\right]}\]

\(p\) change le volume ; le déviateur \(\mathbf s\) change la forme. La contrainte tangentielle maximale vaut \(\tau_{max}=(\sigma_1-\sigma_3)/2\), sur les facettes à 45° des directions 1 et 3.

Tenseur 3D → contraintes principales, invariants, p, q, τmax

Le cercle de Mohr

En état plan (\(\sigma_{xz}=\sigma_{yz}=0\)), tournons la facette d'un angle \(\theta\) autour de \(z\). Les composantes sur la facette tournée s'écrivent :

\[\sigma_n = \frac{\sigma_{xx}+\sigma_{yy}}{2}+\frac{\sigma_{xx}-\sigma_{yy}}{2}\cos2\theta+\sigma_{xy}\sin2\theta,\qquad \tau = -\frac{\sigma_{xx}-\sigma_{yy}}{2}\sin2\theta+\sigma_{xy}\cos2\theta\]

Dans le plan \((\sigma_n,\tau)\), le point \((\sigma_n,\tau)\) décrit un cercle de centre \(C=(\sigma_{xx}+\sigma_{yy})/2\) et de rayon \(R=\sqrt{\left(\tfrac{\sigma_{xx}-\sigma_{yy}}{2}\right)^2+\sigma_{xy}^2}\) : tourner la facette de \(\theta\) fait tourner le point de \(2\theta\) sur le cercle. Les intersections avec l'axe \(\sigma_n\) sont \(\sigma_1=C+R\) et \(\sigma_2=C-R\) ; le sommet donne \(\tau_{max}=R\).

D'où vient le 2θ ?

La normale de la facette tournée est \(\vec n=(\cos\theta,\sin\theta)\). Le vecteur contrainte \(\vec T=\boldsymbol\sigma\cdot\vec n\) a pour composantes \(T_x=\sigma_{xx}\cos\theta+\sigma_{xy}\sin\theta\) et \(T_y=\sigma_{xy}\cos\theta+\sigma_{yy}\sin\theta\). La contrainte normale est sa projection sur \(\vec n\) : \(\sigma_n=T_xn_x+T_yn_y=\sigma_{xx}\cos^2\theta+\sigma_{yy}\sin^2\theta+2\sigma_{xy}\sin\theta\cos\theta\). Il reste à remplacer \(\cos^2\theta=(1+\cos2\theta)/2\), \(\sin^2\theta=(1-\cos2\theta)/2\), \(2\sin\theta\cos\theta=\sin2\theta\) : les carrés et produits de \(\theta\) deviennent des cosinus et sinus de \(2\theta\). C'est de la trigonométrie, pas de la mécanique : le \(2\theta\) vient de ce que la contrainte est quadratique en \(\vec n\) (deux fois \(\vec n\) dans \(\vec n\cdot\boldsymbol\sigma\cdot\vec n\)). Conséquence pratique : deux facettes perpendiculaires (\(\theta\) et \(\theta+90°\)) sont diamétralement opposées sur le cercle (\(2\theta\) et \(2\theta+180°\)).

σnτ C σ1 σ2 (σxx, σxy) (σyy, −σxy) 2θ τmax = R
Cercle de Mohr des contraintes planes. Le diamètre rouge joint les deux facettes \(x\) et \(y\) ; l'angle au centre \(2\theta\) mesure la rotation jusqu'à la facette principale. Convention : τ positive quand elle fait tourner l'élément dans le sens horaire (le point \(y\) est alors en \(-\sigma_{xy}\)).

En 3D, les trois cercles construits sur \((\sigma_1,\sigma_2)\), \((\sigma_2,\sigma_3)\) et \((\sigma_1,\sigma_3)\) bornent la zone des états \((\sigma_n,\tau)\) possibles : le grand cercle donne \(\tau_{max}\).

σₙτσ₃σ₂σ₁τ_max = (σ₁ − σ₃)/2facette quelconque
Le tricercle de Mohr. Une facette d'orientation quelconque a son point (σₙ, τ) dans la zone colorée, entre le grand cercle et les deux petits. La contrainte tangentielle maximale est le sommet du grand cercle, sur la facette à 45° des directions 1 et 3 — et non 1 et 2, d'où l'erreur classique en contraintes planes.

État plan → cercle de Mohr, contraintes principales et facette tournée

À retenir \(\vec T=\boldsymbol\sigma\cdot\vec n\). Six composantes, trois contraintes principales, trois invariants. \(p\) comprime, \(\mathbf s\) distord. Équilibre : \(\mathrm{div}\,\boldsymbol\sigma+\vec f=0\). Cercle de Mohr : rotation de \(\theta\) sur la facette, de \(2\theta\) sur le cercle ; \(\tau_{max}=(\sigma_1-\sigma_3)/2\).
Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Calculer le vecteur contrainte sur une facette donnée par sa normale, puis \(\sigma_n\) et \(\tau\).
  • Écrire et expliquer les équations d'équilibre ; retrouver \(\sigma_v=\gamma z\).
  • Tracer un cercle de Mohr à la main, lire \(\sigma_1,\sigma_2,\theta_1,\tau_{max}\), et placer une facette quelconque.
  • Calculer les contraintes principales 3D quand le tenseur est diagonal par blocs (un cisaillement seulement) : c'est un cercle de Mohr plus une valeur directe.
  • Calculer \(p\) et \(q\) et dire ce qu'ils représentent.
Erreurs fréquentesTourner le point de \(\theta\) sur le cercle de Mohr au lieu de \(2\theta\) ; oublier la troisième contrainte principale (souvent 0) quand on cherche \(\tau_{max}\) ; mélanger la convention mécanique (traction +) et la convention géotechnique (compression +) ; calculer \(\tau\) sur une facette avec la formule de \(\sigma_n\) ; prendre \(\sigma_{xy}\) pour \(\tau_{max}\).

4 · Loi de comportement : élasticité linéaire

En clair
Loi de comportement
la carte d'identité mécanique du matériau : combien il se déforme quand on le contraint. Les chapitres 2 et 3 valent pour tout ; celui-ci dépend du matériau.
Élastique
il revient à sa forme quand on relâche. Linéaire : deux fois plus de contrainte, deux fois plus de déformation. Isotrope : pareil dans toutes les directions (vrai pour l'acier et à peu près pour le béton ; faux pour le bois et les sols stratifiés).
E
la raideur : la contrainte qu'il faudrait pour doubler la longueur si tout restait linéaire. 210 000 MPa pour l'acier : il faut 210 MPa pour l'allonger de 1 ‰.
ν
combien ça rétrécit en largeur quand ça s'allonge en longueur, en proportion. 0,3 : un allongement de 1 ‰ donne un rétrécissement de 0,3 ‰.

Deux constantes mesurées sur une éprouvette

Les chapitres 2 et 3 sont de la géométrie et de la statique : ils valent pour tout matériau. Ce qui distingue l'acier du caoutchouc ou de l'argile, c'est la relation entre \(\boldsymbol\sigma\) et \(\boldsymbol\varepsilon\) : la loi de comportement. La plus simple, et la plus utilisée, est l'élasticité linéaire isotrope, identifiée par un essai de traction :

\[\sigma_{xx}=E\,\varepsilon_{xx}\qquad \varepsilon_{yy}=\varepsilon_{zz}=-\nu\,\varepsilon_{xx}\]\(E\) : module d'Young (MPa) ; \(\nu\) : coefficient de Poisson (sans dimension, \(0\le\nu<0{,}5\))

Une traction selon \(x\) allonge selon \(x\) et rétrécit selon \(y\) et \(z\). \(\nu=0{,}5\) correspondrait à un matériau incompressible (caoutchouc, argile saturée à court terme) ; \(\nu\to 0\) à un matériau qui ne se contracte pas latéralement (liège).

σΔL = εLΔd = −νεdε = σ/E selon l'axe ; −νε en traversν = 0 : ne rétrécit pas (liège)ν = 0,3 : acier · ν = 0,2 : bétonν = 0,5 : volume conservé(caoutchouc, argile saturée à court terme)
L'essai de traction définit les deux constantes : E par la pente σ/ε dans l'axe, ν par le rapport entre le rétrécissement transversal et l'allongement (déformations très exagérées sur la figure).
MatériauE (MPa)νLimite (MPa)
Acier210 0000,30235–500 (fy)
Béton C30/3733 0000,2030 en compression, ≈ 3 en traction
Bois (sens du fil)11 000—≈ 24
Enrobé bitumineux (15 °C, 10 Hz)7 0000,35fatigue : ε₆ ≈ 100 µε
Grave non traitée200–6000,35—
Sable, argile ferme10–1000,30–0,45c, φ (ch. 6)

La loi de Hooke généralisée

Dans un état de contrainte quelconque, chaque contrainte normale produit son allongement et ses deux contractions de Poisson ; chaque cisaillement produit sa distorsion. Par superposition :

\[\boldsymbol\varepsilon = \frac{1+\nu}{E}\,\boldsymbol\sigma - \frac{\nu}{E}\,\mathrm{tr}(\boldsymbol\sigma)\,\mathbf I\qquad\Longleftrightarrow\qquad \boldsymbol\sigma = \lambda\,\mathrm{tr}(\boldsymbol\varepsilon)\,\mathbf I + 2\mu\,\boldsymbol\varepsilon\]

Composante par composante : \(\varepsilon_{xx}=\frac1E[\sigma_{xx}-\nu(\sigma_{yy}+\sigma_{zz})]\) et \(\gamma_{xy}=\sigma_{xy}/G\). Lire la formule« \(\varepsilon_{xx}\) vaut : ce que \(\sigma_{xx}\) étire selon \(x\) (\(\sigma_{xx}/E\)), moins ce que \(\sigma_{yy}\) rétrécit selon \(x\) par effet Poisson (\(\nu\sigma_{yy}/E\)), moins ce que \(\sigma_{zz}\) rétrécit de la même façon. » Trois causes, trois termes, et c'est tout. Le cisaillement vit à part : \(\sigma_{xy}\) ne produit que \(\gamma_{xy}\), et le diviseur est \(G\), pas \(E\).

σₓₓ seuleεₓₓ = +σₓₓ/Eσᵧᵧ seuleεₓₓ = −ν σᵧᵧ/Eσ_zz seuleεₓₓ = −ν σ_zz/Esuperposition : εₓₓ = [σₓₓ − ν(σᵧᵧ + σ_zz)]/E
Les trois causes de l'allongement selon x : la traction σₓₓ l'étire ; les tractions σᵧᵧ et σ_zz le rétrécissent par effet Poisson. Chaque cause est un essai de traction simple ; la linéarité permet de les additionner.

Les coefficients de Lamé \(\lambda,\mu\), le module de cisaillement \(G\) et le module de compressibilité \(K\) sont d'autres façons d'écrire les mêmes deux constantes :

\[G=\mu=\frac{E}{2(1+\nu)}\qquad K=\frac{E}{3(1-2\nu)}\qquad \lambda=\frac{E\nu}{(1+\nu)(1-2\nu)}\qquad p = K\,\theta,\quad \mathbf s = 2G\,\mathbf e\]\(\theta=\mathrm{tr}\,\boldsymbol\varepsilon\), \(\mathbf e\) déviateur des déformations : \(K\) répond au changement de volume, \(G\) au changement de forme
Pourquoi G = E / 2(1+ν) — un cisaillement pur est une traction et une compression à 45°

Un état de cisaillement pur \(\tau\) sur les facettes \(x,y\) a pour contraintes principales \(+\tau\) et \(-\tau\) à 45° (cercle de Mohr centré en 0). Dans ces directions principales, Hooke donne \(\varepsilon_1=(\tau+\nu\tau)/E=(1+\nu)\tau/E\) et \(\varepsilon_2=-(1+\nu)\tau/E\). Or le cercle de Mohr des déformations dit que la distorsion maximale, à 45° des directions principales — c'est-à-dire sur nos facettes \(x,y\) — vaut \(\gamma=\varepsilon_1-\varepsilon_2=2(1+\nu)\tau/E\). Comme \(\gamma=\tau/G\), on lit \(G=E/2(1+\nu)\). Deux constantes suffisent parce que le cisaillement n'est qu'une traction et une compression vues de biais.

Et K = E/3(1−2ν) ? Sous une pression \(p\) égale dans les trois directions, chaque \(\varepsilon=(-p+2\nu p)/E=-(1-2\nu)p/E\) ; le volume varie de \(3\varepsilon=-3(1-2\nu)p/E\), soit \(-p/K\). Quand \(\nu\to0{,}5\), \(K\to\infty\) : le matériau devient incompressible — l'eau, le caoutchouc, l'argile saturée chargée vite.

Conversion des constantes élastiques

Hooke : contraintes ↔ déformations

Exemple guidé · un poteau en béton

Poteau 30 × 30 cm, hauteur 3 m, béton \(E=33\,000\) MPa, \(\nu=0{,}2\), chargé à \(N=900\) kN.

  1. Contrainte : \(\sigma_{zz}=-900\,000/90\,000=\) −10 MPa ; \(\sigma_{xx}=\sigma_{yy}=0\) (faces latérales libres).
  2. Raccourcissement : \(\varepsilon_{zz}=\sigma_{zz}/E=-10/33\,000=\) −303 µε, soit \(0{,}303\times3\,000=\) 0,91 mm sur la hauteur.
  3. Gonflement latéral : \(\varepsilon_{xx}=\varepsilon_{yy}=-\nu\varepsilon_{zz}=\) +61 µε, soit 0,018 mm sur 300 mm. Invisible, mais réel : c'est ce que les cadres retiennent.
  4. Volume : \(\theta=-303+61+61=\) −181 µ : le poteau perd 0,18 ‰ de son volume.
  5. Et si les faces latérales étaient bloquées (frettage parfait) ? \(\varepsilon_{xx}=0\Rightarrow\sigma_{xx}-\nu(\sigma_{yy}+\sigma_{zz})=0\) avec \(\sigma_{xx}=\sigma_{yy}\) : \(\sigma_{xx}=\nu\sigma_{zz}/(1-\nu)=\) −2,5 MPa. Le béton se retrouve comprimé sur les côtés sans qu'on l'ait poussé : c'est l'effet de confinement, qui augmente sa résistance — principe des colonnes frettées.

Contraintes planes, déformations planes

Deux simplifications couvrent la majorité des calculs plans du génie civil :

plaque mince chargée dans son plancontraintes planes : σ_zz = 0, ε_zz ≠ 0remblai, mur, tunnel : ouvrage longz le long de l'axe : ε_zz = 0déformations planes : σ_zz = ν(σₓₓ+σᵧᵧ) ≠ 0
Deux façons de ramener un problème à deux dimensions. La plaque mince ne porte rien hors de son plan : les contraintes y sont planes, mais elle s'amincit librement. L'ouvrage long ne peut pas se déformer selon son axe (chaque tranche est retenue par ses voisines) : les déformations y sont planes, et une contrainte σ_zz apparaît pour l'en empêcher.
Contraintes planesDéformations planes
Hypothèse\(\sigma_{zz}=\sigma_{xz}=\sigma_{yz}=0\)\(\varepsilon_{zz}=\varepsilon_{xz}=\varepsilon_{yz}=0\)
Casplaque mince chargée dans son plan, voile, âme de poutreouvrage long : remblai, mur, tunnel, chaussée sous une roue (approché), barrage-poids
Ce qui n'est pas nul\(\varepsilon_{zz}=-\frac{\nu}{E}(\sigma_{xx}+\sigma_{yy})\)\(\sigma_{zz}=\nu(\sigma_{xx}+\sigma_{yy})\)
Loi plane\(E,\nu\) inchangésremplacer \(E\) par \(E/(1-\nu^2)\) et \(\nu\) par \(\nu/(1-\nu)\)

Thermoélasticité : la contrainte naît du blocage

La déformation totale est la somme de la part élastique (due aux contraintes) et de la part thermique (libre) :

\[\boldsymbol\varepsilon = \frac{1+\nu}{E}\boldsymbol\sigma-\frac{\nu}{E}\mathrm{tr}(\boldsymbol\sigma)\mathbf I+\alpha\,\Delta T\,\mathbf I\]

Barre libre : \(\varepsilon=\alpha\Delta T\), \(\sigma=0\). Barre bloquée aux deux bouts : \(\varepsilon=0\), donc \(\sigma=-E\alpha\Delta T\) — un rail ou un tirant chauffé de 30 °C se comprime de \(210\,000\times12\cdot10^{-6}\times30 = 76\) MPa, quelle que soit sa longueur. Dalle bloquée dans son plan (deux directions) : \(\sigma=-E\alpha\Delta T/(1-\nu)\). Un refroidissement met en traction : c'est ainsi que le retrait et le gradient thermique fissurent le béton.

Contrainte thermique d'un élément bloqué

Énergie de déformation

Le travail des contraintes se stocke dans le solide élastique. Par unité de volume :

\[w = \frac12\,\boldsymbol\sigma:\boldsymbol\varepsilon = \frac12\sum_{ij}\sigma_{ij}\varepsilon_{ij} = \frac{p^2}{2K}+\frac{q^2}{6G}\]part volumique + part de distorsion — c'est la seconde que von Mises borne (ch. 6)

C'est la base des méthodes énergétiques de la RDM (Clapeyron, Castigliano, éléments finis).

À retenir Deux constantes suffisent pour un matériau isotrope : \((E,\nu)\), ou \((\lambda,\mu)\), ou \((K,G)\). Traction selon \(x\) : allongement \(\sigma/E\) selon \(x\), contraction \(\nu\sigma/E\) selon \(y,z\). Cisaillement : \(\gamma=\tau/G\). Déformations planes pour les ouvrages longs, contraintes planes pour les plaques minces.
Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Écrire Hooke dans les deux sens et l'appliquer à un tenseur donné (unités !).
  • Passer de \((E,\nu)\) à \(G\), \(K\), \(\lambda\) et dire ce que chacun mesure.
  • Reconnaître contraintes planes / déformations planes et calculer la composante « cachée ».
  • Calculer une contrainte thermique dans un élément bloqué.
  • Donner l'ordre de grandeur de \(E\) pour l'acier, le béton, un sol.
Erreurs fréquentesOublier les contractions de Poisson des deux autres contraintes dans \(\varepsilon_{xx}\) ; diviser \(\sigma_{xy}\) par \(E\) au lieu de \(G\) ; mélanger MPa et kPa (un sol : kPa ; un béton : MPa) ; croire que \(\sigma_{zz}=0\) entraîne \(\varepsilon_{zz}=0\) (c'est l'inverse qui est faux aussi) ; prendre \(\nu=0{,}5\) pour un béton.

5 · Le problème d'élasticité et ses solutions classiques

En clair
Résoudre un problème d'élasticité
trouver, en chaque point du solide, le déplacement, la déformation et la contrainte, à partir de sa forme, de son matériau, de ses appuis et de ses charges. C'est ce que font les logiciels d'éléments finis ; à la main, on ne sait le faire que pour quelques formes simples — et ce sont précisément celles du génie civil.
Pourquoi apprendre des « solutions classiques »
parce qu'elles sont exactes, qu'elles donnent les ordres de grandeur en une ligne, et qu'elles servent de référence pour vérifier un calcul numérique. Un ingénieur qui connaît Boussinesq sait si son modèle de fondation est faux d'un facteur 10.

Quinze équations pour quinze inconnues

En chaque point, on cherche 3 déplacements, 6 déformations et 6 contraintes. On dispose de 6 relations déformation-déplacement (ch. 2), 3 équations d'équilibre (ch. 3) et 6 relations de Hooke (ch. 4), avec, sur la frontière, des déplacements imposés (appuis) ou des forces imposées (charges). En éliminant \(\boldsymbol\varepsilon\) et \(\boldsymbol\sigma\), tout se ramène à trois équations sur \(\vec u\), les équations de Navier :

\[(\lambda+\mu)\,\nabla(\mathrm{div}\,\vec u)+\mu\,\Delta\vec u+\vec f = \vec 0\]

Trois propriétés rendent le problème maniable :

Saint-Venant, en imageAppuyez un livre sur une table avec la paume, puis avec un doigt qui exerce la même force : la table ne sent la différence qu'à travers la première page. Au pied d'un poteau, la façon dont la charge arrive (plaque, rotule, encastrement) ne modifie les contraintes que sur une hauteur égale à la largeur du poteau ; plus bas, seule compte la résultante. C'est pour cela qu'on peut calculer une poutre avec des « charges ponctuelles » qui n'existent pas.
F (ponctuelle)zone perturbée ≈ largeurσ = F/A uniformemême F, répartieuniforme partoutidentique en bas
Principe de Saint-Venant : deux chargements de même résultante produisent les mêmes contraintes dès qu'on s'éloigne d'une distance de l'ordre de la largeur de la pièce. Près de la charge, tout dépend de sa répartition ; loin, seul compte le torseur.

Peu de problèmes ont une solution analytique. Ceux qui en ont sont les piliers du génie civil ; les autres se résolvent par éléments finis, qui ne font qu'appliquer numériquement ces quinze équations.

Barre en traction

Section \(A\), effort \(N\) : \(\sigma_{xx}=N/A\) uniforme, les autres composantes nulles. Vérifie l'équilibre et les conditions aux limites sur les faces latérales libres. Allongement \(\Delta L = NL/(EA)\), contraction du diamètre \(\Delta d/d = -\nu N/(EA)\).

Flexion pure d'une poutre

Poutre d'axe \(x\), moment \(M\) autour de \(z\) constant. Cherchons la solution où chaque section plane reste plane et tourne : \(u_x = -\kappa\,x\,y\), d'où \(\varepsilon_{xx}=-\kappa y\) (les fibres d'un côté s'allongent, de l'autre se raccourcissent, linéairement). Hooke en traction simple : \(\sigma_{xx}=-E\kappa y\), toutes les autres contraintes nulles. L'équilibre est vérifié ; sur la section, résultante nulle si \(y\) est compté depuis le centre de gravité, et moment \(M=\int -y\,\sigma_{xx}\,dA = E\kappa I\). D'où :

\[\sigma_{xx} = -\frac{M\,y}{I},\qquad \kappa = \frac{1}{R} = \frac{M}{EI},\qquad I=\int_A y^2\,dA\]solution exacte de l'élasticité, pas une approximation de la RDM
fibres raccourcies : compressionfibres allongées : tractionfibre neutre, ε = 0MM−Mh/2I+Mh/2I0sectionσₓₓ = −My/I
Flexion pure : les sections restent planes et tournent ; les fibres du haut se raccourcissent, celles du bas s'allongent, linéairement avec la distance à la fibre neutre. La contrainte suit la même loi — c'est le diagramme triangulaire de la RDM, et c'est une solution exacte de l'élasticité.

Les contractions de Poisson \(\varepsilon_{yy}=\varepsilon_{zz}=\nu\kappa y\) sont là, mais elles ne créent pas de contrainte : la section se déforme librement (anticlastique). Avec un effort tranchant \(T\), s'ajoute un cisaillement \(\sigma_{xy}\) qui n'est plus exact mais que Saint-Venant a résolu pour les sections courantes ; la RDM en retient \(\tau = T\,Q/(I\,b)\) (Jourawski).

Flexion pure : contrainte et courbure

Torsion d'un cylindre circulaire

Couple \(M_t\), sections qui tournent les unes par rapport aux autres de \(\alpha\) par unité de longueur sans gauchir (vrai seulement pour la section circulaire) : \(\gamma = \alpha r\), \(\tau = G\alpha r\), maximale sur la peau ; \(M_t = G\alpha J\) avec \(J=\pi d^4/32\). Une section non circulaire gauchit : la formule n'est plus valable, et une section ouverte mince (profilé en U, en I) est extrêmement souple en torsion.

\[\tau(r)=\frac{M_t\,r}{J},\qquad \tau_{max}=\frac{M_t}{J}\frac{d}{2},\qquad \alpha=\frac{M_t}{GJ},\qquad J=\frac{\pi d^4}{32}\ \text{(plein)},\quad J=\frac{\pi(d^4-d_i^4)}{32}\ \text{(tube)}\]

En torsion pure, l'état de contrainte est un cisaillement pur : \(\sigma_1=\tau\), \(\sigma_2=-\tau\), à 45° de l'axe. Un matériau fragile (craie, fonte, béton) rompt donc en torsion selon une hélice à 45° — c'est la facette de \(\sigma_1\), pas celle de \(\tau_{max}\).

Torsion d'un arbre ou d'un tube circulaire

Tube épais sous pression (Lamé)

Tube de rayons \(a\) (intérieur) et \(b\) (extérieur), pressions \(p_a\) et \(p_b\). En coordonnées cylindriques, avec \(\sigma_{r\theta}=0\) par symétrie, l'équilibre \(d\sigma_r/dr + (\sigma_r-\sigma_\theta)/r=0\) et Hooke donnent :

\[\sigma_r = A - \frac{B}{r^2},\qquad \sigma_\theta = A + \frac{B}{r^2},\qquad A=\frac{p_a a^2-p_b b^2}{b^2-a^2},\quad B=\frac{(p_a-p_b)\,a^2 b^2}{b^2-a^2}\]

Sous pression intérieure seule, \(\sigma_\theta\) est maximale sur la paroi intérieure et vaut \(p_a (b^2+a^2)/(b^2-a^2)\) — plus que \(p_a\) toujours, et bien plus que \(p_a a/e\) de la coque mince quand la paroi est épaisse. Conduites forcées, galeries sous pression, puits, buses enterrées sous un chargement radial : même solution.

Tube épais de Lamé

Charge ponctuelle sur un massif semi-infini (Boussinesq)

Force verticale \(P\) appliquée en surface d'un demi-espace élastique. La contrainte verticale à la profondeur \(z\) et à la distance horizontale \(r\) du point d'application vaut :

\[\sigma_z = \frac{3P}{2\pi}\,\frac{z^3}{R^5},\qquad R=\sqrt{r^2+z^2}\qquad\text{sous l'axe : }\sigma_z=\frac{3P}{2\pi z^2}\]indépendante de \(E\) et de \(\nu\) — les déplacements, eux, en dépendent

Les isovaleurs de \(\sigma_z\) forment le bulbe des contraintes. Sous une charge répartie, on intègre Boussinesq : sous le centre d'une plaque circulaire souple de rayon \(a\) chargée à \(q\),

5 %10 %20 %40 %70 %Pisovaleurs de σ_z / (P/z²)sous l'axe : σ_z = 3P/(2πz²)le « bulbe » à 20 % descendà ≈ 1,5 B sous une semelle,et ne dépend pas de E
Le bulbe des contraintes sous une charge ponctuelle : chaque courbe réunit les points où σ_z vaut la même fraction d'une valeur de référence. La contrainte se diffuse en profondeur et en largeur ; à deux largeurs de fondation, il n'en reste presque rien.
\[\sigma_z(z) = q\left[1-\frac{z^3}{(a^2+z^2)^{3/2}}\right],\qquad s_0 = \frac{2(1-\nu^2)\,q\,a}{E}\ \text{(tassement au centre)}\]

À \(z = 2a\) (un diamètre), \(\sigma_z\) ne vaut plus que 28 % de \(q\) ; à \(z=4a\), 9 %. C'est l'origine de la règle « le sol qui travaille sous une semelle occupe 1,5 B » et de la profondeur d'investigation des sondages.

Boussinesq : charge ponctuelle et plaque circulaire

Vers les chaussées Une chaussée est un massif de Boussinesq à plusieurs couches : la solution de Burmister (1943) résout le même problème avec des couches de modules différents collées ou glissantes. Alizé, le logiciel de dimensionnement français, ne fait rien d'autre. Les déformations qu'il fournit — \(\varepsilon_t\) à la base des couches liées, \(\varepsilon_z\) au sommet du sol — sont celles du chapitre 2, et la loi des couches est celle du chapitre 4. À la main, on approche le bicouche par Odemark : une couche d'épaisseur \(h_1\) et de module \(E_1\) sur un sol \(E_2\) se comporte comme une couche de même module que le sol et d'épaisseur équivalente \(h_e = 0{,}9\,h_1\,(E_1/E_2)^{1/3}\) ; on applique ensuite Boussinesq à cette profondeur.

Odemark + Boussinesq : contrainte au sommet du sol sous une roue

Trou circulaire dans une plaque en traction (Kirsch)

Plaque infinie soumise à \(\sigma_\infty\) selon \(x\), percée d'un trou de rayon \(a\). Sur le bord du trou, la contrainte orthoradiale vaut \(\sigma_\theta = \sigma_\infty(1-2\cos2\theta)\) : elle atteint \(3\sigma_\infty\) aux deux points du diamètre perpendiculaire à la traction et \(-\sigma_\infty\) (compression) sur le diamètre parallèle. Le facteur de concentration de contrainte vaut 3, quel que soit le rayon du trou, et l'effet disparaît à trois ou quatre rayons du bord : encore Saint-Venant.

\[\sigma_\theta(r,\theta) = \frac{\sigma_\infty}{2}\left(1+\frac{a^2}{r^2}\right)-\frac{\sigma_\infty}{2}\left(1+\frac{3a^4}{r^4}\right)\cos2\theta\]
σ∞σθ = 3σ∞σθ = 3σ∞−σ∞−σ∞le facteur 3 ne dépend pas du rayon3σ∞σ∞σₓₓ le long de l'axe y, de r = a à 4a
Concentration de contrainte autour d'un trou. Les lignes de force contournent le trou et se resserrent sur ses flancs : la contrainte y triple, puis retombe à σ∞ en trois ou quatre rayons. Sur le diamètre parallèle à la traction, le bord du trou est même comprimé.

Trou d'homme dans une poutre-caisson, ouverture dans un voile, galerie dans un massif (où \(\sigma_\infty\) est la contrainte in situ, et le facteur 3 explique les écaillages en paroi), percement dans une plaque métallique : même mécanisme.

À retenir Unicité, superposition, Saint-Venant. Cinq solutions à connaître : traction (\(N/A\)), flexion (\(My/I\)), torsion (\(M_t r/J\)), Lamé (\(A \pm B/r^2\)), Boussinesq (\(3Pz^3/2\pi R^5\)) — et le facteur 3 de Kirsch.
Exemple guidé · une semelle carrée

Semelle 2 m × 2 m, charge 800 kN, sur un sol \(E=20\) MPa, \(\nu=0{,}3\). Contrainte et tassement à 2 m sous la semelle ?

  1. Pression sous la semelle : \(q=800/4=\) 200 kPa. Pour appliquer la formule circulaire, rayon équivalent de même aire : \(a=\sqrt{4/\pi}=\) 1,13 m.
  2. À \(z=2\) m sous le centre : \(\sigma_z=q\left[1-\dfrac{z^3}{(a^2+z^2)^{3/2}}\right]=200\left[1-\dfrac{8}{(1{,}27+4)^{1{,}5}}\right]=200\times(1-0{,}66)=\) 68 kPa, soit 34 % de \(q\).
  3. Tassement élastique au centre : \(s_0=2(1-\nu^2)qa/E=2\times0{,}91\times200\times1{,}13/20\,000=\) 0,021 m ≈ 21 mm.
  4. Lecture : à une largeur de profondeur, le sol ne reçoit plus qu'un tiers de la pression ; à deux largeurs, 9 %. Un sondage qui s'arrête à 2 m sous cette semelle a tout de même traversé l'essentiel du sol qui travaille. Le tassement, lui, dépend de \(E\) : avec un sol deux fois plus raide, 10 mm.

Vérifier avec le calculateur de Boussinesq (q = 200, a = 1,13, z = 2, E = 20, ν = 0,3).

Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Énoncer les 15 équations et les trois principes (unicité, superposition, Saint-Venant).
  • Vérifier qu'un champ de contrainte proposé satisfait l'équilibre et les conditions aux limites.
  • Appliquer \(N/A\), \(My/I\), \(M_tr/J\), Lamé, Boussinesq avec les bonnes unités.
  • Expliquer le facteur 3 de Kirsch et où l'effet s'éteint.
Erreurs fréquentesMettre \(y\) à la hauteur totale au lieu de \(h/2\) dans \(My/I\) ; oublier que \(I\) est en mm⁴ et \(M\) en N·mm (120 kN·m = 120·10⁶ N·mm) ; appliquer la formule de torsion à une section non circulaire ; croire que \(\sigma_z\) de Boussinesq dépend de \(E\) ; appliquer la coque mince à un tube épais.

6 · Limite élastique et critères

En clair
Limite élastique
la contrainte au-delà de laquelle le matériau ne revient plus (acier : il plastifie) ou casse (béton, roche, verre).
Critère
une règle pour décider, à partir des six composantes, si on a dépassé cette limite. Chaque famille de matériaux casse pour une raison différente, donc a sa règle : les métaux glissent (cisaillement), les fragiles s'ouvrent (traction), les sols frottent (cisaillement freiné par la compression).
Marge
le rapport entre ce que le matériau supporte et ce qu'on lui applique. Les règlements imposent des marges par des coefficients partiels ; le critère dit seulement où est la limite.

Pourquoi un critère

L'essai de traction donne une limite \(\sigma_e\) pour un état de contrainte à une seule composante. Un état réel en a six. Un critère est une fonction scalaire \(f(\boldsymbol\sigma)\) qui ramène les six composantes à un seul nombre à comparer à la limite : \(f(\boldsymbol\sigma)\le\sigma_e\). Il doit être invariant par rotation, donc s'exprimer avec les contraintes principales ou les invariants. Chaque famille de matériaux a le sien.

Métaux : Tresca et von Mises

Les métaux plastifient par glissement : c'est le cisaillement qui compte, et la pression hydrostatique n'a aucun effet.

\[\text{Tresca : }\ \sigma_1-\sigma_3 \le \sigma_e\qquad\qquad \text{von Mises : }\ q=\sqrt{\tfrac12\left[(\sigma_1-\sigma_2)^2+(\sigma_2-\sigma_3)^2+(\sigma_3-\sigma_1)^2\right]}\le\sigma_e\]

Tresca borne \(\tau_{max}\) à \(\sigma_e/2\) ; von Mises borne l'énergie de distorsion. En cisaillement pur, Tresca donne \(\tau_e=\sigma_e/2\), von Mises \(\tau_e=\sigma_e/\sqrt3 = 0{,}577\,\sigma_e\) — l'écart maximal entre les deux, 15 %. Les Eurocodes acier utilisent von Mises (\(\sigma_{eq}=\sqrt{\sigma^2+3\tau^2}\le f_y\) en contraintes planes avec cisaillement).

σ₁/σₑσ₂/σₑRankine (fragile) : carréTresca : hexagonevon Mises : ellipsetraction simple : (1, 0)les trois se touchentcisaillement pur : (τ, −τ)Tresca 0,5 σₑ, Mises 0,577 σₑbiaxial égal : (1, 1)Tresca et Mises d'accord
Les surfaces limites dans le plan des contraintes principales (σ₃ = 0). À l'intérieur, le matériau est élastique. Tresca et von Mises coïncident en traction simple et en biaxial égal ; ils diffèrent au plus de 15 % en cisaillement pur. Le carré de Rankine, lui, borne la traction : c'est la limite d'un béton ou d'une roche, bien plus basse que σₑ.

Béton, roche en traction : Rankine

Les matériaux fragiles rompent quand la plus grande contrainte principale atteint la résistance en traction : \(\sigma_1\le f_t\). Pour le béton, \(f_t\approx 0{,}1\,f_c\) : la fissuration se produit perpendiculairement à \(\sigma_1\). C'est ce que dessinent les bielles et tirants, et ce que les étriers reprennent dans une âme cisaillée.

Sols, béton en compression, roche : Mohr-Coulomb

La résistance au cisaillement croît avec la contrainte normale sur la facette de rupture :

\[\tau \le c + \sigma_n\tan\varphi\qquad\Longleftrightarrow\qquad \sigma_1-\sigma_3 \le (\sigma_1+\sigma_3)\sin\varphi+2c\cos\varphi\]compressions comptées positives ; dans un sol, \(\sigma_n\) est la contrainte effective \(\sigma'_n=\sigma_n-u\)

Dans le plan de Mohr, la droite de Coulomb est l'enveloppe des cercles à la rupture : la rupture a lieu sur la facette inclinée de \(45°+\varphi/2\) sur la direction de \(\sigma_3\) (la direction de la contrainte principale mineure), et non sur la facette de \(\tau_{max}\). Avec \(\varphi=0\), on retrouve Tresca avec \(c=\sigma_e/2=c_u\) : c'est le comportement à court terme d'une argile saturée. Avec \(c=0\), on a un sable. Le béton en compression biaxiale et la roche suivent la même forme, avec une courbure (Hoek-Brown pour la roche).

Pourquoi 45° + φ/2 et pas 45° ?
σ'ₙττ = c + σ' tan φσ'₃σ'₁90° + φτ_max, à 45° — pas la rupturecle point de contact est à 90° + φ du centre ⇒ facette à 45° + φ/2
Rupture de Mohr-Coulomb : le cercle touche la droite au point rouge, pas à son sommet. L'angle au centre entre σ'₃ et ce point vaut 90° + φ ; la facette correspondante est donc inclinée de 45° + φ/2 sur la direction de σ'₃. Avec φ = 30°, les plans de glissement sont à 60°.

Dans le plan de Mohr, la rupture se produit quand le cercle touche la droite de Coulomb. Le point de contact n'est pas le sommet du cercle (ce serait \(\tau_{max}\), à 45°) : il est plus à gauche, là où la tangente a la pente \(\tan\varphi\). Le rayon qui joint le centre au point de contact est perpendiculaire à la droite, donc incliné de \(90°+\varphi\) sur l'axe des \(\sigma\) mesuré depuis \(\sigma_3\)… et comme un angle au centre vaut \(2\theta\), la facette de rupture est à \(\theta=45°+\varphi/2\) de la direction de \(\sigma_3\). Avec \(\varphi=30°\), c'est 60° : c'est l'inclinaison des plans de glissement que l'on voit dans un essai triaxial sur sable, et celle des surfaces de rupture derrière un mur de soutènement. Le banc 6 du laboratoire montre le point de contact se déplacer avec \(\varphi\).

Pourquoi la pression ne compte pas pour l'acier : plastifier un métal, c'est faire glisser des plans d'atomes les uns sur les autres ; une pression égale dans toutes les directions presse ces plans l'un contre l'autre sans les faire glisser. Un acier sous 1 000 MPa de pression hydrostatique reste élastique. Un sable, lui, résiste mieux sous pression : ses grains sont serrés et frottent davantage — c'est tout le sens de \(\tan\varphi\).

CritèreFonctionMatériauxPression hydrostatique
Tresca\(\sigma_1-\sigma_3\)métaux, argile à court terme (\(c_u\))sans effet
von Mises\(q\)métaux (acier de construction)sans effet
Rankine\(\sigma_1\)béton, roche, fonte en traction—
Mohr-Coulomb\(\sigma_1-\sigma_3-(\sigma_1+\sigma_3)\sin\varphi-2c\cos\varphi\)sols, béton comprimé, roches, enrochementsrenforce

Un état de contrainte face aux quatre critères

Pour Mohr-Coulomb, les compressions sont comptées positives : saisir −σ.

À retenir Un critère ramène six composantes à un nombre. Métaux : le cisaillement décide (Tresca, von Mises), la pression ne compte pas. Fragiles : \(\sigma_1\) décide (Rankine). Sols, béton, roches : le cisaillement décide, mais la compression renforce (Mohr-Coulomb), rupture sur la facette à \(45°+\varphi/2\).
Exemple guidé · l'âme d'un profilé et le sol du remblai

Acier S235. En un point de l'âme d'une poutre : \(\sigma=200\) MPa, \(\tau=80\) MPa.

  1. Contraintes principales : \(\sigma_{1,2}=100\pm\sqrt{100^2+80^2}=100\pm128=\) 228 et −28 MPa ; la troisième vaut 0.
  2. Tresca : \(\sigma_{max}-\sigma_{min}=228-(-28)=\) 256 MPa > 235 : plastifié.
  3. von Mises : \(\sqrt{\sigma^2+3\tau^2}=\sqrt{40\,000+19\,200}=\) 243 MPa > 235 : plastifié aussi, de peu. Les deux critères sont d'accord ; von Mises est le moins sévère de 5 %.
  4. Lecture : \(\sigma=200\) seul passait (200 < 235). C'est le cisaillement qui fait basculer — un point que la vérification « σ < fy » seule aurait raté.

Sol du remblai (exemple du chapitre 3) : \(\sigma_1=54\), \(\sigma_3=27\) kPa, sable \(c=0\), \(\varphi=30°\).

  1. \(K_p=(1+\sin30°)/(1-\sin30°)=\) 3. Rupture si \(\sigma_1\ge K_p\sigma_3=81\) kPa.
  2. Ici \(\sigma_1=54<81\) : stable, avec une marge \(81/54=\) 1,5. Le sol tiendrait jusqu'à ce qu'on triple \(\sigma_1\) à \(\sigma_3\) constant — ou qu'on réduise \(\sigma_3\) à 18 kPa, par exemple en creusant à côté.
  3. Si rupture : facette à \(45+15=\) 60° sur la direction de \(\sigma_3\) (horizontale), donc inclinée de 60° sur l'horizontale — pas 45°.
Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Dire quel critère s'applique à quel matériau, et pourquoi.
  • Vérifier un état de contrainte par Tresca et von Mises (après avoir trié les principales).
  • Écrire Mohr-Coulomb dans le plan \((\sigma,\tau)\) et en contraintes principales ; calculer \(\sigma_1\) à la rupture.
  • Donner l'inclinaison de la facette de rupture.
Erreurs fréquentesComparer \(\sigma_{xx}\) seule à \(f_y\) en présence de cisaillement ; oublier de trier les contraintes principales avant Tresca ; appliquer von Mises à un béton ou à un sol ; placer la facette de rupture de Mohr-Coulomb à 45° au lieu de \(45°+\varphi/2\) ; utiliser des contraintes totales au lieu d'effectives dans un sol saturé.

7 · De la MMC à la RDM

En clair
Pourquoi la RDM existe
parce que résoudre les quinze équations dans une poutre de 10 m est inutile : la poutre est mince, on sait d'avance la forme des contraintes dans sa section. On intègre, et il ne reste qu'une ligne à calculer. La RDM est la MMC paresseuse, et elle a raison de l'être.
Ce que la RDM perd
ce qui se passe près des appuis, des charges concentrées, des trous, des changements de section, et dans les pièces épaisses (semelles, consoles courtes, voiles). Là, on revient à la MMC — ou aux éléments finis, qui sont la MMC calculée.

Réduire le tenseur à un torseur

La RDM traite des solides élancés — poutres, barres, câbles — pour lesquels une dimension domine. Au lieu de chercher \(\boldsymbol\sigma\) en chaque point, elle intègre le vecteur contrainte \(\vec T(\vec x)=\boldsymbol\sigma\cdot\vec x\) sur la section et ne garde que sa résultante et son moment, le torseur des efforts intérieurs :

\[N=\int_A\sigma_{xx}\,dA,\quad T_y=\int_A\sigma_{xy}\,dA,\quad T_z=\int_A\sigma_{xz}\,dA,\quad M_z = -\int_A y\,\sigma_{xx}\,dA,\quad M_y = \int_A z\,\sigma_{xx}\,dA,\quad M_t=\int_A(y\,\sigma_{xz}-z\,\sigma_{xy})\,dA\]

Trois équations d'équilibre de la MMC, intégrées sur la section, deviennent les relations de la RDM : \(dN/dx=-p_x\), \(dT/dx=-p_y\), \(dM/dx=T\). Six inconnues le long d'une ligne au lieu de six champs dans un volume : c'est tout le gain.

Les hypothèses qui permettent de remonter aux contraintes

Pour passer du torseur à la contrainte en un point de la section, la RDM admet :

\[\sigma_{xx} = \frac{N}{A}-\frac{M_z\,y}{I_z}+\frac{M_y\,z}{I_y},\qquad \tau_{xy} = \frac{T_y\,Q_z(y)}{I_z\,b(y)},\qquad \tau = \frac{M_t\,r}{J}\ \text{(section circulaire)}\]
σₓₓ = −My/Iτₓᵧ = TQ/Ibmax à l'axe neutrefissure à 45°σ₁ = τélément à l'axe neutre :cisaillement pur
Dans une section de poutre, la contrainte normale varie linéairement (flexion) et le cisaillement en parabole, maximal à l'axe neutre où σ est nulle. L'élément de matière y subit un cisaillement pur : ses contraintes principales sont à 45°, et la fissure de traction du béton aussi.

Ces contraintes sont des composantes du tenseur du chapitre 3. En un point de l'âme d'une poutre où règnent \(\sigma_{xx}\) et \(\tau_{xy}\), les contraintes principales se lisent sur le cercle de Mohr : \(\sigma_{1,2}=\sigma/2\pm\sqrt{\sigma^2/4+\tau^2}\), inclinées de \(\theta\) tel que \(\tan2\theta=2\tau/\sigma\). Dans le béton armé, les fissures d'effort tranchant suivent ces directions principales, à 45° au voisinage de l'axe neutre où \(\sigma_{xx}=0\).

Point d'une section : du torseur aux contraintes principales

Exemple guidé · fissure d'effort tranchant

Poutre BA \(b=300\), \(h=600\) mm, \(T=400\) kN, point situé sur l'axe neutre. \(f_{ct}=2{,}9\) MPa.

  1. Sur l'axe neutre, \(y=0\) : \(\sigma_{xx}=0\). Le cisaillement y est maximal : \(\tau=1{,}5\,T/(bh)=1{,}5\times400\,000/180\,000=\) 3,33 MPa (section rectangulaire : parabole, maximum = 1,5 × moyenne).
  2. État de cisaillement pur : \(\sigma_1=+3{,}33\), \(\sigma_2=-3{,}33\) MPa, à 45° de l'axe.
  3. Rankine : \(\sigma_1=3{,}33>f_{ct}=2{,}9\) : le béton fissure, perpendiculairement à \(\sigma_1\), donc à 45° de l'axe, inclinée vers l'appui.
  4. Lecture : la fissure d'effort tranchant est une fissure de traction inclinée. L'acier qui la coud doit la traverser : cadres verticaux ou barres relevées à 45°. Avec \(T=300\) kN, \(\tau=2{,}5<2{,}9\) : pas de fissure.
Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Passer du tenseur au torseur (intégrales sur la section) et retour.
  • Énoncer Navier-Bernoulli et dire quand elle devient fausse.
  • Calculer \(\sigma_1\) et sa direction en un point d'une poutre, et en déduire la direction d'une fissure.

Et vers les autres disciplines

DisciplineCe qu'elle prend à la MMCCe qu'elle ajoute
RDM, calcul des structureséquilibre, Hooke, flexion de Saint-Venant, énergiehypothèse de poutre, torseur, méthodes des forces et des déplacements
Béton armécontraintes principales, Rankine, Mohr-Coulombfissuration, bielles-tirants, lois non linéaires
Géotechniqueéquilibre (\(\gamma z\)), Boussinesq, Mohr-Coulomb, cercle de Mohrcontraintes effectives, consolidation, dilatance
ChausséesBoussinesq multicouche (Burmister), déformations \(\varepsilon_t,\varepsilon_z\)fatigue, viscoélasticité de l'enrobé, trafic cumulé
Plaques, coques, éléments finisles quinze équations, telles quellesdiscrétisation ; aucune hypothèse de plus
À retenir La RDM est la MMC intégrée sur une section et assortie de l'hypothèse de Navier-Bernoulli. \(N/A\), \(My/I\), \(TQ/Ib\) sont des composantes du tenseur des contraintes, et le cercle de Mohr en donne les directions principales — celles des fissures.

8 · Énergie, travail et puissances virtuelles

En clair
Énergie de déformation
le travail que les charges ont fourni pour déformer le solide, stocké comme dans un ressort, et rendu quand on décharge (élasticité).
Méthodes énergétiques
au lieu de résoudre les quinze équations, on écrit que l'énergie est bien comptée. On obtient un déplacement ou une réaction en une intégrale. C'est l'outil quotidien de la théorie des structures, et la base des éléments finis.
Virtuel
imaginaire mais compatible : un petit déplacement qu'on pourrait donner au solide sans violer ses appuis. On ne l'applique pas, on s'en sert pour écrire une équation.

Le travail se stocke : énergie de déformation

Le chapitre 4 a donné l'énergie par unité de volume, \(w=\tfrac12\boldsymbol\sigma:\boldsymbol\varepsilon\). Sur tout le solide, \(W=\int_V w\,dV\). Pour une poutre, où le tenseur se réduit au torseur, l'intégrale sur la section se fait une fois pour toutes :

\[W=\int_0^L\left(\frac{N^2}{2EA}+\frac{M^2}{2EI}+\frac{T^2}{2GA'}+\frac{M_t^2}{2GJ}\right)dx\]\(A'\) : section réduite d'effort tranchant (\(5A/6\) pour un rectangle) — terme souvent négligeable

En régime linéaire, les charges croissent de zéro à leur valeur finale en même temps que les déplacements : le travail extérieur est l'aire d'un triangle, pas d'un rectangle. C'est le théorème de Clapeyron :

\[W = \frac12\sum_i F_i\,u_i\]\(u_i\) : déplacement du point d'application de \(F_i\), dans sa direction
Lire la formuleLe ½ n'est pas une convention : il dit que la force a été nulle au début et pleine à la fin. Une charge posée brutalement (sans le ½) fournit deux fois plus d'énergie que la poutre n'en stocke à l'équilibre : l'excédent part en vibrations — c'est le coefficient dynamique 2 d'une charge appliquée instantanément.

Castigliano et Menabrea : dériver l'énergie

Si l'on sait écrire \(W\) en fonction des charges, le déplacement sous une charge est la dérivée de \(W\) par rapport à cette charge :

\[u_i=\frac{\partial W}{\partial F_i}\qquad\text{(Castigliano)}\qquad\qquad \frac{\partial W}{\partial X}=0\qquad\text{(Menabrea, pour une réaction hyperstatique } X)\]

Menabrea dit qu'une structure hyperstatique choisit, parmi tous les systèmes d'efforts en équilibre, celui qui stocke le moins d'énergie. C'est ainsi qu'on calcule les réactions d'une poutre continue ou d'un portique sans écrire les équations de compatibilité.

Pourquoi c'est vrai — Castigliano en trois lignes

Soit \(W(F_1,\ldots,F_n)\). Augmentons \(F_i\) de \(dF_i\) : les déplacements changent, et le travail supplémentaire des charges, au premier ordre, est \(dF_i\,u_i\) (la petite force \(dF_i\) travaille sur le déplacement existant ; les autres forces, constantes, travaillent sur les petits déplacements induits, mais Clapeyron montre que ces deux contributions se compensent exactement en régime linéaire). Donc \(dW=u_i\,dF_i\), soit \(u_i=\partial W/\partial F_i\). Si la force \(X\) est une réaction d'appui fixe, son déplacement est nul : \(\partial W/\partial X=0\), c'est Menabrea.

Le principe des puissances virtuelles

Prenons un champ de déplacement virtuel \(\delta\vec u\) quelconque, nul sur les appuis. Multiplions les équations d'équilibre par \(\delta\vec u\) et intégrons sur le solide : après une intégration par parties,

\[\int_V\boldsymbol\sigma:\delta\boldsymbol\varepsilon\,dV=\int_V\vec f\cdot\delta\vec u\,dV+\int_S\vec F_s\cdot\delta\vec u\,dS\qquad\text{pour tout }\delta\vec u\text{ admissible}\]travail virtuel des efforts intérieurs = travail virtuel des efforts extérieurs

Cette égalité est équivalente aux équations d'équilibre : un champ de contrainte qui la vérifie pour tous les \(\delta\vec u\) est en équilibre. Elle a deux usages immenses :

Un dernier résultat utile, le théorème de réciprocité de Maxwell-Betti : le déplacement en \(i\) dû à une force unité en \(j\) est égal au déplacement en \(j\) dû à une force unité en \(i\). D'où la symétrie de la matrice de raideur, et les lignes d'influence.

Énergie, Clapeyron et Castigliano sur une poutre

Exemple guidé · la console

Console de longueur \(L\), charge \(P\) à l'extrémité, raideur \(EI\). Flèche sous la charge ?

  1. Moment : \(M(x)=-P(L-x)\), \(x\) compté depuis l'encastrement.
  2. Énergie : \(W=\int_0^L\dfrac{P^2(L-x)^2}{2EI}dx=\) \(\dfrac{P^2L^3}{6EI}\).
  3. Castigliano : \(\delta=\partial W/\partial P=\) \(\dfrac{PL^3}{3EI}\) — le résultat classique, sans intégrer deux fois la courbure.
  4. Vérification par Clapeyron : \(W=\tfrac12P\delta=\tfrac12P\cdot PL^3/3EI=P^2L^3/6EI\). Cohérent.
  5. Charge unité : \(m(x)=-(L-x)\), \(\delta=\int Mm/EI=\int P(L-x)^2/EI=PL^3/3EI\). Trois méthodes, un résultat.
Erreurs fréquentesOublier le ½ de Clapeyron ; dériver par rapport à une force qui n'est pas indépendante des autres (deux charges égales : il faut les distinguer avant de dériver) ; chercher un déplacement là où il n'y a pas de force — on ajoute une force fictive, on dérive, puis on l'annule ; oublier que Castigliano donne le déplacement dans la direction de la force.
Ce qu'il faut savoir faire à l'examen
  • Écrire l'énergie d'une poutre en \(M^2/2EI\) et la calculer.
  • Obtenir une flèche par Castigliano et par la charge unité.
  • Déterminer une réaction hyperstatique par Menabrea.
  • Énoncer le PPV et dire pourquoi il équivaut à l'équilibre.

9 · Les fluides : la même mécanique

En clair
Un fluide
un milieu continu qui ne résiste pas au cisaillement au repos : on peut le déformer indéfiniment sans effort tant qu'on va lentement. Il résiste au cisaillement seulement quand il s'écoule, et d'autant plus qu'il s'écoule vite — c'est la viscosité.
Ce qui change par rapport au solide
la contrainte ne dépend plus de la déformation (combien on a bougé) mais de la vitesse de déformation (à quelle vitesse on bouge). Tout le reste — tenseur, équilibre, Mohr — est identique.

Suivre la matière ou regarder un point fixe

Dans un fluide, suivre chaque particule est impraticable : on décrit la vitesse \(\vec v(\vec x,t)\) en chaque point fixe de l'espace (description eulérienne, ch. 1). La variation d'une grandeur pour la particule qui passe en ce point combine la variation locale et le transport par l'écoulement :

\[\frac{D}{Dt}=\frac{\partial}{\partial t}+\vec v\cdot\nabla\qquad\text{(dérivée particulaire)}\]

La conservation de la masse s'écrit \(\partial\rho/\partial t+\mathrm{div}(\rho\vec v)=0\) ; pour un fluide incompressible, \(\mathrm{div}\,\vec v=0\) — ce qui entre d'un côté d'un tube de courant ressort de l'autre : c'est l'équation de continuité \(Q=vA=\) constante de l'hydraulique.

Taux de déformation et loi de Newton

Remplaçons le déplacement par la vitesse dans la formule du chapitre 2 : le tenseur des taux de déformation est \(\mathbf D=\tfrac12(\nabla\vec v+\nabla\vec v^{\mathsf T})\), en s⁻¹. Un fluide newtonien relie la contrainte à \(\mathbf D\) comme Hooke reliait \(\boldsymbol\sigma\) à \(\boldsymbol\varepsilon\) :

\[\boldsymbol\sigma=-p\,\mathbf I+2\mu\,\mathbf D\qquad\text{(incompressible)}\]\(p\) pression, \(\mu\) viscosité dynamique (eau : 10⁻³ Pa·s ; bitume à 60 °C : 10²–10³ Pa·s)

Au repos, \(\mathbf D=0\) : \(\boldsymbol\sigma=-p\,\mathbf I\). Le vecteur contrainte sur toute facette est \(-p\,\vec n\), purement normal : c'est le principe de Pascal, et le cercle de Mohr est réduit à un point. L'équilibre \(\mathrm{div}\,\boldsymbol\sigma+\rho\vec g=0\) donne alors \(-\nabla p+\rho\vec g=0\), soit \(p=\rho g z\) : l'hydrostatique est le \(\sigma_v=\gamma z\) du chapitre 3 avec \(K_0=1\).

Le même tenseur, un fluide au repos ou en écoulement de Couette

Navier-Stokes : Navier avec des vitesses

Portons la loi de Newton dans l'équation du mouvement \(\rho\,D\vec v/Dt=\mathrm{div}\,\boldsymbol\sigma+\rho\vec g\) :

\[\rho\left(\frac{\partial\vec v}{\partial t}+\vec v\cdot\nabla\vec v\right)=-\nabla p+\mu\Delta\vec v+\rho\vec g\]

C'est l'équivalent de l'équation de Navier du chapitre 5, avec \(\mu\Delta\vec v\) à la place de \(\mu\Delta\vec u\). Sans viscosité (Euler), intégrée le long d'une ligne de courant en régime permanent, elle donne Bernoulli, \(p+\rho gz+\tfrac12\rho v^2=\) constante — l'équivalent de Clapeyron pour les fluides : la même énergie, comptée autrement. Avec viscosité dans une conduite, elle donne Poiseuille, puis, via l'expérience, Darcy-Weisbach. Tout cela est le cours de mécanique des fluides : mecaflu.ksr-infra.org.

Solide élastiqueFluide newtonien
Descriptionlagrangienne (on suit la matière)eulérienne (on regarde un point)
Cinématique\(\boldsymbol\varepsilon=\tfrac12(\nabla\vec u+\nabla\vec u^{\mathsf T})\)\(\mathbf D=\tfrac12(\nabla\vec v+\nabla\vec v^{\mathsf T})\)
Loi de comportement\(\boldsymbol\sigma=\lambda\,\mathrm{tr}\,\boldsymbol\varepsilon\,\mathbf I+2\mu\boldsymbol\varepsilon\)\(\boldsymbol\sigma=-p\mathbf I+2\mu\mathbf D\)
Constantes\(E,\nu\) (ou \(\lambda,\mu\))\(\mu\) (et \(\rho\))
Équation du champNavierNavier-Stokes
Au repos\(\sigma_v=\gamma z\), \(\sigma_h=K_0\sigma_v\)\(p=\rho gz\) dans toutes les directions
ÉnergieClapeyronBernoulli
Cisaillement\(\tau=G\gamma\)\(\tau=\mu\,\dot\gamma\)
Entre les deuxUn sol saturé est un solide (le squelette) traversé par un fluide (l'eau) : les contraintes totales se partagent en contraintes effectives sur le squelette et pression sur l'eau — Terzaghi, \(\sigma'=\sigma-u\). Un enrobé est un solide à chaud et presque un fluide à très chaud : viscoélastique (ch. 11). Le béton frais est un fluide à seuil. La MMC est le seul langage qui couvre les trois.
À retenirMême tenseur, même équilibre. Le fluide remplace \(\boldsymbol\varepsilon\) par \(\mathbf D\) et \(E,\nu\) par \(\mu\). Au repos : \(\boldsymbol\sigma=-p\mathbf I\), pression identique sur toute facette. Navier-Stokes est Navier écrit en vitesses.

10 · Compléments d'élasticité

Quatre outils que les livres de référence développent et que le génie civil utilise : les coordonnées cylindriques (tubes, pieux, pressiomètre), la fonction d'Airy (problèmes plans), le contact de Hertz (roue, rouleau, appui) et les ondes élastiques (sismique, géophysique).

Coordonnées cylindriques et expansion de cavité

Dès qu'il y a un axe — tube, pieu, forage, cheminée — on écrit les équations en \((r,\theta,z)\). Les déformations et l'équilibre deviennent :

\[\varepsilon_{rr}=\frac{\partial u_r}{\partial r},\quad \varepsilon_{\theta\theta}=\frac{u_r}{r}+\frac1r\frac{\partial u_\theta}{\partial\theta},\quad \varepsilon_{zz}=\frac{\partial u_z}{\partial z},\quad \gamma_{r\theta}=\frac1r\frac{\partial u_r}{\partial\theta}+\frac{\partial u_\theta}{\partial r}-\frac{u_\theta}{r}\]
\[\frac{\partial\sigma_{rr}}{\partial r}+\frac1r\frac{\partial\sigma_{r\theta}}{\partial\theta}+\frac{\partial\sigma_{rz}}{\partial z}+\frac{\sigma_{rr}-\sigma_{\theta\theta}}{r}+f_r=0\]le terme \((\sigma_{rr}-\sigma_{\theta\theta})/r\) n'a pas d'équivalent cartésien : il vient de ce que les faces d'un élément en \(r\) et \(r+dr\) n'ont pas la même aire

Le terme \(u_r/r\) dans \(\varepsilon_{\theta\theta}\) dit qu'un cercle de rayon \(r\) qui gonfle de \(u_r\) voit son périmètre croître de \(2\pi u_r\), soit \(u_r/r\) en relatif — sans qu'aucun point ne se déplace tangentiellement. En axisymétrie (\(u_\theta=0\), rien ne dépend de \(\theta\) ni de \(z\)), l'équilibre et Hooke donnent \(u_r=Ar+B/r\) : c'est la solution de Lamé du chapitre 5, et c'est la même qui décrit l'expansion d'une cavité cylindrique dans un sol — le pressiomètre. Tant que le sol reste élastique, \(p-p_0=G\,\Delta V/V\) : la pente de la courbe pressiométrique mesure le module de cisaillement, d'où \(E_M=2(1+\nu)\,V\,dp/dV\) du chapitre 3 de fond. Quand le sol plastifie autour de la sonde, la pression tend vers la pression limite \(p_l\).

En sphériques, la cavité sous pression donne \(\sigma_r=A-B/r^3\), \(\sigma_\theta=A+B/(2r^3)\) : la contrainte décroît en \(1/r^3\) au lieu de \(1/r^2\), et c'est la solution de la pointe d'un pieu ou d'un cône de pénétromètre en première approximation.

Expansion élastique d'une cavité cylindrique (pressiomètre)

La fonction d'Airy : tous les problèmes plans en une fonction

En contraintes planes ou déformations planes sans force de volume, posons \(\sigma_{xx}=\partial^2\phi/\partial y^2\), \(\sigma_{yy}=\partial^2\phi/\partial x^2\), \(\sigma_{xy}=-\partial^2\phi/\partial x\partial y\). Les deux équations d'équilibre sont alors automatiquement satisfaites, et la compatibilité impose une seule équation :

\[\Delta\Delta\phi=\frac{\partial^4\phi}{\partial x^4}+2\frac{\partial^4\phi}{\partial x^2\partial y^2}+\frac{\partial^4\phi}{\partial y^4}=0\]équation biharmonique — tout polynôme de degré ≤ 3 la vérifie

Résoudre un problème plan revient à trouver un \(\phi\) biharmonique qui respecte les conditions aux limites. Deux exemples qui comptent :

Contact de Hertz

Deux solides courbes pressés l'un contre l'autre se touchent sur une petite surface où la pression est énorme : une roue sur un rail, un rouleau de compacteur sur une couche, une bille d'appui, un granulat contre un autre. Hertz (1882) a résolu le problème élastique :

\[\frac1{E^*}=\frac{1-\nu_1^2}{E_1}+\frac{1-\nu_2^2}{E_2},\qquad \frac1R=\frac1{R_1}+\frac1{R_2}\]
\[\text{sphère : } a=\left(\frac{3PR}{4E^*}\right)^{1/3},\ p_0=\frac{3P}{2\pi a^2}\qquad\quad \text{cylindre (par m) : } b=\sqrt{\frac{4PR}{\pi E^*}},\ p_0=\frac{2P}{\pi b}\]\(a\), \(b\) : rayon ou demi-largeur de contact ; \(p_0\) : pression maximale au centre, 1,5 (sphère) ou 1,27 (cylindre) fois la moyenne

La contrainte de cisaillement maximale n'est pas en surface mais à une profondeur de 0,5 à 0,8 fois \(a\) : c'est là que naissent l'écaillage des rails et des roulements, et c'est pour cela que les couches de roulement d'une chaussée sont dimensionnées en fatigue sous la roue plutôt qu'en pression de contact.

Contact de Hertz

Valeurs par défaut : une roue de train (R = 460 mm) sur un rail, 100 kN par roue.

Les ondes élastiques

Ajoutons l'inertie à l'équation de Navier : \(\rho\,\ddot{\vec u}=(\lambda+\mu)\nabla(\mathrm{div}\,\vec u)+\mu\Delta\vec u\). Elle admet deux familles d'ondes planes, à deux vitesses :

\[V_P=\sqrt{\frac{\lambda+2\mu}{\rho}}=\sqrt{\frac{E(1-\nu)}{\rho(1+\nu)(1-2\nu)}}\qquad V_S=\sqrt{\frac{\mu}{\rho}}=\sqrt{\frac{G}{\rho}}\qquad \frac{V_P}{V_S}=\sqrt{\frac{2(1-\nu)}{1-2\nu}}\]

L'onde P (primaire, de compression) fait vibrer la matière dans le sens de propagation ; l'onde S (secondaire, de cisaillement) perpendiculairement. P est toujours plus rapide — d'où son nom — et S n'existe pas dans les fluides (\(\mu=0\)). Dans un sol saturé, \(V_P\) est celle de l'eau (1 500 m/s) et ne dit rien du squelette ; \(V_S\) ne voit que le squelette : c'est pourquoi la classe de sol sismique (Eurocode 8) et la géophysique utilisent \(V_S\), et pourquoi \(G_0=\rho V_S^2\) est le module de cisaillement aux petites déformations du chapitre 2 de fond.

MatériauVP (m/s)VS (m/s)
Acier5 9003 200
Béton3 500–4 5002 000–2 600
Rocher sain3 000–6 0001 500–3 500
Sol compact500–1 500 (sec)250–600
Sol meuble300–700 (sec) / 1 500 (saturé)100–250
Eau1 500—

Vitesses des ondes P et S

À retenirCylindriques : \(\varepsilon_{\theta\theta}=u_r/r\), et \((\sigma_{rr}-\sigma_{\theta\theta})/r\) dans l'équilibre ; expansion de cavité = pressiomètre. Airy : une fonction biharmonique pour tout problème plan, qui redonne la RDM et Flamant. Hertz : la pression de contact croît en \(P^{1/3}\), le cisaillement maximal est sous la surface. Ondes : \(V_S=\sqrt{G/\rho}\) ne voit que le squelette.

11 · Au-delà de l'élasticité linéaire isotrope

Le cours a supposé un matériau élastique, linéaire et isotrope, en petites perturbations. Chacun de ces quatre mots exclut quelque chose. Voici ce qu'il exclut, et dans quel cours on le retrouvera.

Isotrope — mais le bois, les roches et les sols ne le sont pas

Un matériau isotrope transverse (bois, roche stratifiée, sol déposé en couches, composite unidirectionnel) a un axe privilégié et demande cinq constantes au lieu de deux : \(E_\parallel\), \(E_\perp\), \(\nu_{\parallel\perp}\), \(\nu_\perp\), \(G_{\parallel\perp}\). Le bois est l'exemple le plus parlant : \(E\) vaut 10 000 à 15 000 MPa dans le sens du fil et 300 à 1 000 MPa en travers, un rapport de 15 à 30. Charger une poutre en bois en travers du fil, c'est charger un matériau trente fois plus souple et dix fois moins résistant. L'anisotropie la plus générale compte 21 constantes ; personne ne les mesure.

Élastique — mais l'acier plastifie et le sol s'ornière

Au-delà de la limite élastique, l'acier se déforme de façon permanente : décharger ne ramène pas à zéro, il reste une déformation plastique \(\varepsilon_p\). L'acier de construction a un palier (il coule à contrainte constante sur 1 à 2 % de déformation) puis s'écrouit ; c'est ce palier qui permet la redistribution des efforts dans une structure hyperstatique et le calcul plastique des portiques (rotules plastiques, \(M_p=f_y\,Z\)). Un sol ou une grave sous une roue accumule à chaque passage une déformation plastique infime ; au millionième passage, c'est l'orniérage. La plasticité se décrit par un seuil (ch. 6), une règle d'écoulement (dans quelle direction \(\varepsilon_p\) croît) et une règle d'écrouissage (comment le seuil bouge). Cours : calcul plastique des structures, mécanique des sols.

Linéaire et instantané — mais l'enrobé et le béton fluent

Un matériau viscoélastique répond à la contrainte avec un retard : sa déformation dépend du temps, et son module de la vitesse de chargement et de la température. L'enrobé bitumineux a un module de 15 000 MPa à 0 °C et 10 Hz (passage rapide d'un poids lourd par temps froid), et de 1 000 MPa à 40 °C et 0,1 Hz (camion arrêté au feu en été) : un facteur 15 pour le même matériau — c'est pourquoi le dimensionnement se fait à une température et une fréquence équivalentes, et pourquoi l'ornière se forme l'été au feu rouge. Le béton flue : sous charge constante, sa déformation double ou triple en quelques années, d'où les pertes de précontrainte et les flèches différées. Modèles : Maxwell (ressort + amortisseur en série), Kelvin-Voigt (en parallèle), Huet-Sayegh pour l'enrobé, Eurocode 2 pour le fluage du béton.

Continu — mais le béton fissure

Une fissure est une discontinuité : au-delà de Rankine, la MMC ne peut plus décrire ce qui se passe à sa pointe (la contrainte y tend vers l'infini). La mécanique de la rupture y substitue un facteur d'intensité de contrainte \(K_I=\sigma\sqrt{\pi a}\), comparé à la ténacité du matériau ; l'endommagement décrit, à l'échelle du continu, la dégradation progressive du module (\(E(1-d)\)). Le béton armé règle le problème autrement : il laisse fissurer et confie la traction à l'acier.

Petites perturbations — mais les poteaux flambent

Un poteau élancé comprimé se dérobe latéralement bien avant que \(\sigma\) n'atteigne \(f_y\) : c'est le flambement d'Euler, \(P_c=\pi^2EI/L_f^2\). Il n'est pas dans ce cours parce qu'il demande d'écrire l'équilibre dans la configuration déformée — ce que les petites perturbations interdisent. Même origine pour le déversement des poutres, le voilement des âmes, les grands déplacements des câbles et des membranes. Cours : stabilité des structures.

HypothèseCe qu'elle exclutMatériaux et phénomènesCours
isotropeanisotropiebois, roches stratifiées, sols en couchesbois, mécanique des roches
élastiqueplasticitépalier de l'acier, orniérage, rotules plastiquescalcul plastique, mécanique des sols
linéaire, instantanéviscoélasticité, fluageenrobé (T, fréquence), fluage du bétonchaussées, béton précontraint
continufissuration, rupturebéton tendu, fatiguebéton armé, mécanique de la rupture
petites perturbationsinstabilités, grands déplacementsflambement, déversement, câblesstabilité des structures
À retenir« Élastique linéaire isotrope en petites perturbations » est une hypothèse de travail, pas une description du monde. Elle est excellente pour l'acier sous service, bonne pour le béton comprimé et le rocher, acceptable pour un sol loin de la rupture, fausse pour un enrobé chaud, un bois en travers, un poteau élancé. Savoir quand elle cesse de valoir est la première compétence de l'ingénieur.

Formulaire

Toutes les formules du cours sur une page, à imprimer : formulaire.html.

Pour approfondir